dimanche 20 avril 2014

Les musulmans toujours vigilants sur la « théorie du genre » 21.04.2014 à 00:59 Le Monde.fr

C'est une rumeur qui a laissé des traces. La « théorie du genre » enseignée à l'école ? Lancée en début d'année, elle suscite toujours l''inquiétude et la vigilance des musulmans pratiquants, même si leurs représentants jouent aujourd'hui la carte de l'apaisement. La question est inévitablement au programme de la 31e rencontre annuelle de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), du samedi 19 au lundi 21 avril au parc des expositions du Bourget (Seine-Saint-Denis), dont le thème est « l''homme, la famille, le vivre-ensemble ». 

Le matin où le collectif « Journée du retrait de l''école » (JRE) a appelé les familles du quartier à garder les enfants à la maison, la fille de Khoumissa était à l''hôpital. « La question ne s''est pas posée pour moi,raconte cette mère de famille vivant à Clamart (Hauts-de-Seine), mais sur le principe, c''est sûr, je suis contre la théorie du genre. » Couverte d''un foulard blanc et vêtue d''une longue robe verte, elle redoute que l''on fasse croire aux enfants qu''ils pourront « choisir d''être une fille ou un garçon ». « Franchement, l''école n'a pas des choses plus importantes à leur apprendre ? »

>> Lire le décryptage : Cinq intox sur la « théorie du genre »et Education sexuelle et genre : 5 (autres) intox décryptées

Hassan, père de six enfants, dont trois en primaire, estime aussi que ce n''est pas le rôle de l''école d''aborder « les questions sexuelles » avec ses élèves. Comme beaucoup d''autres parents de Villepinte (Seine-Saint-Denis), « et pas seulement les musulmans », il a retiré ses enfants de l''école quand le collectif a organisé ces journées –– trois depuis le début de l'année. « J'ai voté Hollande en 2012, mais je suis complètement écœœuré par la gauche sur les questions de la famille, explique-t-il avec agitation. On est désemparé face à toutes ces choses qu'on nous impose sans nous consulter ! »

INQUIETS ET VIGILANTS

De leur côté, les institutions ont choisi de croire l''ancien ministre de l''éducation nationale, Vincent Peillon, qui a assuré fin janvier qu''il ne s'agissait que de rumeurs.« Même si c''était une rumeur, mais il n''y a pas de fumée sans feu, se méfie le président de l''UOIF, Amar Lasfar. J''ai cru le ministre Peillon, mais je reste vigilant. » Il ajoute, le ton grave : « Aujourd'hui, nous sommes inquiets, ce sujet de la famille nous a secoués. Cette théorie du genre, même si je ne la vois pas encore, je ne lui souhaite pas la bienvenue. »

>> Lire : Comment les détracteurs de la « théorie du genre » se mobilisent

Pour autant, pour Amar Lasfar, pas question de demander aux enfants de quitter l''école, « ne serait-ce qu''une heure ». L''UOIF condamne fermement les méthodes prônées par les « Journées de retrait de l''école ». Farida Belghoul, qui les a lancées, n''a d''ailleurs pas été invitée à la rencontre annuelle du Bourget. « Ce que nous voulons, explique Amar Lasfar, c''est que les enfants aiment l''école, pas qu''ils la boycottent ! »

>> Lire aussi : Journées de retrait de l'école : comment les enseignants recollent les morceaux avec les parents

En choisissant le thème de la famille pour la rencontre de cette année, l''UOIF espère apaiser les tensions et susciter« un vrai débat » dans la communauté musulmane. Les conférences et tables rondes ont porté sur la famille musulmane, les défis du couple ou encore l''égalité homme-femme. Au cœœur du salon, un vaste « espace famille » proposait des consultations gratuites avec des avocats ou des psychologues sur toutes ces questions.

« INSTRUMENTALISÉS »

Parmi les centaines d''associations présentes, la Ligue française des femmes musulmanes. Sa présidente, Hela Khomsi, tient à être claire : « A la tête d''une association qui défend les intérêts de la femme, je suis pour l''égalité homme-femme ! Ce qui m''a inquiété, avec les ABCD de l''égalité, c''est que l''on mêle les enfants à tout ça. Ce n''est pas leur combat. » Les musulmans qui ont retiré leurs enfants de l''école ont, selon elle, été instrumentalisés :« Certains musulmans ont peur pour leurs enfants, c''est ce qu''ils ont de plus cher. Il y a des gens qui ont voulu jouer sur cette peur. »

>> Lire : L'« ABCD de l'égalité », au cœur de la polémique sur la « théorie du genre »

Mais Hela Khomsi refuse de« crier au loup ». Pour elle, de toute façon, il se joue dans les écoles des choses plus importantes que la théorie du genre. « Ce qu''on enseigne à nos enfants aujourd''hui, c''est l''athéisme, le darwinisme. »

Certaines mères de famille n''ont pas pris peur avec les JRE. Parmi elles, il y a Aïcha, convaincue que si l''un de ses quatre enfants entend quelque chose qui l''interpelle, il viendra lui en parler. « Il faut habituer les enfants à entendre des discours différents. Cette société est une richesse pour nous, on ne veut pas vivre en retrait ! »

Même discours chez Nadia, qui tient par la main son fils de huit ans, Amine. « Quand ma voisine m''a appelée pour que je retire mon fils de l''école, je lui ai dit : "Redescends sur terre, la sexualité il va l''apprendre, de toute façon ! Si ce n''est pas à l''école, ce sera par la télé ou Internet". »

ECOLES PRIVÉES

Au Bourget, ce week-end, plusieurs stands étaient consacrés aux écoles privées musulmanes. Encore peu nombreuses sur le territoire français, elles assurent offrir aux parents « un meilleur encadrement » que dans le public. C''est ce qu''estime Souad, qui enseigne la langue arabe à l''école Education et savoir de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). « Mon fils de 12 ans est scolarisé dans un collège public. La dernière fois, pour lutter contre l''exclusion, on leur a passé un film sur l''homosexualité. Pourquoi cette bousculade ? Laissons-leur le temps de découvrir ces choses-là ! »

Maria, une jeune fille voilée de 16 ans, garde un œœil sur son petit frère qui joue auprès d''elle. Au lycée, elle « entend parler des homosexuels toute la journée ». Sa petite sœœur aussi, dans son école primaire. Leur mère a décidé que la fillette de 10 ans suivrait désormais des cours par correspondance.

>> Lire aussi : « Théorie du genre », dix liens pour comprendre

Mélinée Le Priol

vendredi 18 avril 2014

La réponse laïque de lycées marseillais face à l’essor des « tenues islamiques » 18.04.2014 à 12:55 LE MONDE Maryline Baumard

 AUREL

« Ça a sonné. Dépêchez-vous. »Les surveillants, Loubna et Alain, battent le rappel devant le lycée La Calade. Il est 14 heures, jeudi 10 avril, dans le 15e arrondissement de Marseille. Le soleil chauffe les barres d'immeubles des quartiers nord et retient les élèves dehors. Nassima range son chapelet musulman. Samia se lève, époussette la longue jupe marron qui tombe sur ses pieds, sort de son sac un gilet, son carnet de correspondance, et se dirige vers l'entrée.

Loubna et Alain contrôlent le « check-point » entre le monde des cités et celui de l'école. Deux conditions pour passer : carnet de correspondance et chevelure libre. Sans qu'on lui demande quoi que ce soit, Samia ôte la partie supérieure de sa tenue couvrante, son jilbeb. Elle roule dans son sac la cape, assortie à sa jupe, qui couvrait ses cheveux et flottait sur son buste, enfile son long gilet et rejoint ses copines.

A l'entrée de La Calade, le déshabillage est quotidien. « Parmi nos 500 élèves, une dizaine arrive en tenue intégrale », recompte mentalement la proviseure Marie-Pierre Van Huffel qui reconnaît l'augmentation du phénomène.

>> Lire : La mixité, fil conducteur de la politique du recteur d'Aix-Marseille

Les longues jupes noires ou foncées, les sarouels passent l'entrée. S'agit-il de signes religieux ? « Quand ces tenues sont apparues il y a deux ans, le recteur d'alors a posé cette règle simple que les vêtements achetés par des circuits islamiques étaient des signes religieux », rappelle la proviseure. Depuis, les jeunes filles concernées plaident, même si personne ne s'y trompe, que leur jupe provient de la grande distribution…

A La Calade, la tenue n'est pas complétée par des gants, alors qu'au lycée général Saint-Exupéry, dans les quartiers nord aussi, il a fallu les interdire. « Saint-Ex » compte dans ses 1 500 élèves une trentaine de filles qui arrivent en jilbeb. Le proviseur, Olivier Briard, a fait installer un miroir en pied dans son hall pour qu'elles puissent réajuster leur voile à la sortie.

Si Marie-Pierre Van Huffel estime que « ces tenues sont un problème parmi bien d'autres », Olivier Briard trouve que cela « mobilise beaucoup d'énergie. Le sujet est récurrent dans tous les conseils d'administration et divise l'équipe éducative ». En 2013, il a organisé une demi-journée pour réfléchir, faire adopter une ligne commune à ses 162 enseignants et ses surveillants – qui viennent des mêmes quartiers que les élèves.« Après des débats houleux, nous avons réécrit le règlement intérieur et y avons ajouté une "démarche laïque d'intégration". Aujourd'hui, j'affirme qu'on tient… Mais je ne sais pas pour combien de temps », ajoute-t-il.

LE PORT DU JILBEB, MARQUE D'UN ISLAM QUI SE DURCIT ?

Dans les deux lycées, la loi de 2004, qui interdit les signes ostentatoires, sert de boussole. Elle est perçue comme un bon outil, auquel il faut ajouter la négociation permanente. Pour le voile, le message est passé. Pour les jupes, les équipes composent pour garder les élèves en évitant la contagion. « Quand un parent vous dit : "Vous la prenez comme ça ou elle reste à la maison", on attend un peu avant de revenir à la charge », explique Mme Van Huffel, consciente que dans ces quartiers, la réussite au bac professionnel est déjà 5 points en dessous de la moyenne nationale.

Mais c'est difficile pour les professeurs. Marie-Claude Lubac enseigne l'accueil et la vente depuis seize ans. « Ces tenues me gênent en tant qu'enseignante et en tant que femme. Cela crée un climat assez lourd dans la classe. Mais je suis quand même rassurée que certaines mettent des petits talons et un tailleur pour chercher un stage. » Que cache le port du jilbeb ? Une crise d'adolescence, version cité ? La marque d'un islam qui se durcit ? M. Briard estime qu'« un tiers de ces jeunes filles se sert de ce vêtement pour marquer son mal- être adolescent et autant pour marquer sa foi ».

Samira est de celles-là. A 17 ans, la lycéenne en filière gestion est voilée depuis huit mois. Deux jours par semaine, elle va à l'école coranique. Le samedi, elle se rend à la mosquée. « La religion, c'est plus que ma vie, lance-t-elle, un rien exaltée.Mais pour mes études, je suis prête au compromis. Je comprends l'exigence de laïcité, et mon lycée est le seul lieu où je me découvre », explique la jeune fille dont aucun des parents ne travaille. « C'est pas facile… Mais on a la religion », ajoute-t-elle, toujours tout sourire. A Marseille, un ménage sur quatre vit sous le seuil de pauvreté (contre 14 % sur la France).

DES RENTRÉES DE PLUS EN PLUS DIFFICILES

Des jeunes filles comme Samira, Pascal Bonicel, principal adjoint du collège Manet, dans le 14e arrondissement, en croise souvent. « Dans l'établissement, nous n'avons que deux cas de tenue musulmane. Mais dans le quartier j'en vois beaucoup en tenue intégrale », ajoute-t-il. Son collègue, le principal du collège Henri Barnier, a dû appeler l'imam de la mosquée voisine face au fort taux d'absentéisme du vendredi après-midi.

Cette pression, Asma la connaît bien. La jeune fille de 17 ans habite le 3e arrondissement et étudie à La Calade. « Dans mon quartier, des jeunes frappent aux portes toutes les semaines pour rappeler qu'on doit se comporter en bon musulman. Il y a aussi les petites filles voilées de 6 ou 7 ans autour de la mosquée… » Dans Passion française, les voix des cités(Gallimard, 288 p., 18,90 €), Gilles Képel s'inquiète de l'influence des salafistes, qui tiennent la mosquée du 3e arrondissement.

Une note des services de la Direction centrale de la sécurité publique, révélée par Le Figaro, le 10 avril, corrobore ce durcissement contre lequel lutte l'école. « A chaque retour de vacances, il faut reprendre les négociations sur les tenues. Preuve que d'autres plaident contre nos positions d'éducateur », regrette M. Briard. A La Calade, Alain aussi trouve les rentrées de plus en plus difficiles, même si la consigne reste identique. « On veut éviter le conflit, les situations bloquées », insiste Mme Van Huffel.

COMMISSION MIXITÉ

M. Briard, lui, s'est servi des élèves élus au conseil de la vie lycéenne pour convaincre leurs camarades. Un des leviers sur lesquels le recteur d'académie Ali Saïb mise aussi. Il connaît les quartiers pour y avoir vécu et n'est pas dupe du climat de tension latente. Un de ses adjoints, Rodrigue Coutouly, y a fait toute sa carrière et a réuni les 25 chefs d'établissement dans une commission laïcité.

La réflexion qui y est menée sert de base à la construction d'un module de formation pour les nouveaux enseignants, mais aussi pour tous les cadres de l'académie. Le recteur y tient. Pour lui, cette poussée de l'islam « met en évidence des points sur lesquels le système doit évoluer. C'est vrai pour la diffusion des bonnes pratiques développées par les établissements les plus concernés, mais aussi pour l'intégration des lycéens élus comme porteurs du message de laïcité ». Toutes ces questions accompagnent Ali Saïb dans sa mission quotidienne.

En attendant que le combat pour plus de mixité sociale et culturelle marque des points, les établissements gèrent. A La Calade, la proviseure vient d'exiger qu'une élève enlève ses boucles d'oreille en forme de croix, afin que les jeunes musulmanes ne se sentent pas stigmatisées.


jeudi 10 avril 2014

Immigration : les régularisations ont bondi de 50 % en 2013


LE MONDE | 10.04.2014 à 12h31 • Mis à jour le 10.04.2014 à 12h31 |Par 


Manuel Valls, alors ministre de l'intérieur, à Paris, en janvier 2014. Le cas de ces Chinoises employées au noir dans une onglerie parisienne est le premier cas médiatique de régularisations dans le cadre de la circulaire de M. Valls.

 C'est un chiffre extrêmement sensible que le ministère de l'intérieur devait dévoiler, ce jeudi 10 avril, en milieu de journée : celui des régularisations d'étrangers en situation irrégulière en France, notamment au titre de la circulaire publiée par Manuel Valls en novembre 2012. Selon des informations communiquées au Monde par la Place Beauvau, ces régularisations ont atteint, en 2013, le nombre record de 35 000, soit une augmentation de plus de 50 % par rapport à 2012.

Un chiffre inédit, même si M. Valls avait déjà distillé des estimations depuis l'été 2013, et qui acte un tournant dans la manière de gérer ce qui a longtemps été un trou noir de la politique d'immigration en France.

Selon ces chiffres consolidés, on est ainsi passé précisément de 23 294 étrangers régularisés au titre de ce qui s'appelait, en 2012, « l'admission exceptionnelle au séjour », à quelque 35 204 régularisations en 2013, au titre de la circulaire de M. Valls. Soit 11 910 régularisations de plus.

Si l'on ajoute les étrangers régularisés pour « maladie » – soit 6 000 personnes – et ceux régularisés en tant que « parents d'un enfant français » – soit environ 3 000 personnes –, plus quelques autres, ce sont environ 45 000 personnes qui ont été régularisées en 2013.

Nombres de titres de séjour délivrés en 2012.

 PUBLICATION IMPOSÉE

Avec ce nombre de régularisations, la France franchit surtout le cap symbolique des 200 000 entrées annuelles d'étrangers en France. Alors que celles-ci tournaient depuis le début des années 2000 autour de 190 000, elles atteignent cette fois, en 2013, le total de 206 330.

On compte 94 457 entrées pour motif familial (+8,4 %), 17 813 pour motif économique (+11 %), 62 984 pour motif étudiant (+7 %), 17 754 pour raisons humanitaires (-3 %) et 13 322 de motifs divers.

Ce chiffre des régularisations était attendu, mais sans que l'on sache exactement la façon dont il serait divulgué. Avant qu'il ne soit nommé à Matignon, l'entourage de M. Valls avait à plusieurs reprises laissé entendre qu'un bilan officiel de la circulaire serait rendu au mois d'avril.

C'est en fait le calendrier du service des statistiques du ministère de l'intérieur, aujourd'hui sous tutelle de l'Insee qui aurait imposé leur publication, ce 10 avril. Les hasards du remaniement les font ainsi paraître quelques jours à peine après la passation de pouvoir entre Manuel Valls et Bernard Cazeneuve.

 FIN DU « CAS PAR CAS »

L'augmentation de ces régularisations est principalement liée à la circulaire de M. Valls de 2012. Ce texte, promesse de campagne de François Hollande, avait pour but de clarifier les critères de régularisations utilisés du temps de Nicolas Sarkozy.

Les défenseurs des droits des étrangers réclamaient que soit mis fin au système du « cas par cas », qui laissait selon eux trop de marge d'appréciation aux préfets. Le but était aussi de permettre à tout un tas de sans-papiers – juridiquement ni « expulsables ni régularisables » –, de trouver une issue à leur situation.

La nouvelle circulaire n'a pas totalement retiré la part d'appréciation des préfets. Elle ne résout pas non plus tous les cas difficiles. Elle a surtout créé une nouvelle voie d'entrée pour les familles en situation irrégulière.

Avec ce texte, tout étranger pouvant justifier d'au moins cinq années de présence en France ainsi que de la scolarisation d'au moins un enfant depuis trois ans, peut prétendre à un titre de séjour. C'est comme cela que 9 477 personnes supplémentaires par rapport à 2012 ont pu être régularisées, selon les chiffres dévoilés par la Place Beauvau.

NIVEAU DES EXPULSIONS MAINTENU

Le nouveau texte prévoyait aussi, sur le papier, de simplifier la régularisation « par le travail ». Mais cette voie-là a été relativement peu utilisée. Seuls 2 016 étrangers ont pu en bénéficier. Il fallait en effet justifier de fiches de paye. Une preuve pratiquement impossible à obtenir pour nombre d'étrangers employés au noir. Seuls ceux travaillant avec des « alias » – faux noms – ont pu rentrer dans ces critères.

Autre voie relativement peu utilisée : celle de la régularisation pour motif « étudiant ». Le but était de permettre à des jeunes mineurs isolés arrivés avant leurs 16 ans en France, d'accéder à un titre de séjour. Mais pour cela, il fallait qu'ils puissent notamment justifier de l'absence de liens familiaux dans leur pays d'origine. Seuls 327 ont été régularisés dans ce cadre.

Au total, la circulaire de M. Valls ouvre une porte d'accès au territoire français relativement significative pour les étrangers en situation irrégulière. Selon les estimations, ils seraient entre 300 000 et 400 000 en France.

D'autant que, selon la Place Beauvau, les préfectures peuvent, en plus de ce texte, examiner les dossiers avec « bienveillance » selon les situations. C'est ce qui s'est passé, le 3 avril, dans le cadre du conflit qui opposait la CGT à la préfecture de Paris autour du sort de salariées chinoises d'une onglerie du quartier « afro » de Château d'eau, à Paris.

La hausse de ces régularisations ne doit toutefois pas faire oublier le niveau très important du nombre d'expulsions, restées, elles, du même ordre que sous Nicolas Sarkozy. Même avec 200 000 entrées par an, la France reste par ailleurs l'un des pays de l'OCDE accueillant le moins d'immigration par rapport à sa population.

Flux migratoires en 2011.

Les Français sont de moins en moins tolérants


LE MONDE | 01.04.2014 à 11h29 • Mis à jour le 01.04.2014 à 19h36 |Par 


Selon un sondage CSA réalisé en décembre, 69 % des personnes intérogées qu'"il y a trop d'immigrés aujourd'hui en France"

L'intolérance monte en France, et rien ne semble pouvoir enrayer sa progression, à en croire le rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) remis le 1er avril.

Comme chaque année, cet organe consultatif sous tutelle de Matignon dresse le bilan des actes et menaces à caractère raciste, antisémite ou islamophobe en France. Cette année comme les précédentes, le bilan est relativement sombre.

L'inquiétude face à l'immigration a ainsi atteint son niveau le plus élevé depuis 2002, selon le sondage de l'institut BVA que réalise à chaque fois la CNCDH pour accompagner son rapport : 16 % des personnes interrogées (du 2 au 12 décembre 2013 auprès d'un échantillon représentatif de 1 026 personnes) se sont dites « inquiètes » de ce sujet, soit 6 points de plus qu'il y a douze ans.


 LES ACTES ANTIMUSULMANS EN HAUSSE

Le chômage et la crise économique restent largement en tête des préoccupations des Français. Mais ils sont de plus en plus nombreux à penser que l'intégration des étrangers « fonctionne mal ». 63 % des sondés sont de cet avis, soit une hausse de 7 points par rapport à 2012. De même, 68 % des personnes interrogées pensent que ce sont avant tout les personnes d'origine étrangère « qui ne se donnent pas les moyens de s'intégrer », soit une augmentation de 8 points.

Globalement, la « tolérance » des Français aurait ainsi baissé de 12 points depuis 2009, selon un indice construit par une équipe de chercheurs de Sciences Po partenaire du CNCDH. « Cette baisse touche désormais toutes les minorités et est exprimée par toutes les sensibilités politiques »,prévient-on à la commission. En clair, l'intolérance gagne aujourd'hui les sondés de droite comme de gauche.

Cette hausse de l'intolérance s'accompagne cependant d'une baisse globale de près de 20 points des actes et menaces à caractère raciste, antisémite ou islamophobe, recensés à la suite de dépôts de plaintes. Seule catégorie en hausse pour la troisième année consécutive : les actes antimusulmans (226 au total). Ils grimpent cette fois de plus de 10 points. « C'est préoccupant, car cette hausse concerne plus les actions (dégradations, homicides, menaces, etc.) que les menaces (propos, tracts, etc.) », souligne-t-on à la CNCDH.

« GROUPES À PART »

Pour la Commission, la baisse des actes et menaces à caractère raciste (– 14 points pour un total de 600 faits) ou antisémites (– 30 points, 423 faits) enregistrés par le ministère de l'intérieur pourrait être trompeuse et s'expliquer par les difficultés qui peuvent exister à déposer plainte dans un commissariat pour ces motifs. Il convient donc plutôt, selon elle, de prendre en compte les éléments déclaratifs du sondage. « On sait très bien qu'il y a beaucoup moins de dépôts de plaintes que de faits réels », justifie-t-on.

Pour la CNCDH, on assiste malgré tout à la création de nouveaux « boucs émissaires » : les musulmans et les Roms. Selon le sondage BVA, ce sont eux qui sont le plus désignés comme « des groupes à part dans la société française ». Pour les Roms, c'est l'avis de 87 % des sondés (soit plus 10 points par rapport à 2012), pour les musulmans, 56 % (+ 1 point). « Roms »et « musulmans » devancent largement les « Maghrébins » (46 %, + 4), les« Asiatiques » (41 %, + 3), les « Noirs » (23 %, + 4) ou encore les « juifs »(31 %, + 5).

La CNCDH confirme par ailleurs un phénomène nouveau : le sentiment que ce sont « les Français les principales victimes de racisme ». 13 % des interviewés le soulignent (+ 1 point), dont 16 % parmi les sympathisants de droite (dont 23 % pour ceux du FN) et 5 % parmi ceux de gauche.

samedi 1 mars 2014

La FIFA autorise le port du voile, colère du foot français 01.03.2014 à 18:16 | Le Monde.fr avec AFP


Des joueuses de l'équipe nationale d'Iran, à Téhéran, en 2009. AFP/AMIR POORMAND

La possibilité de porter le voile ou le turban a été officiellement intégrée dans les règles du football, a annoncé, samedi, la la Fédération internationale de football (FIFA) . L'International Football Association Board (Ifab), l'organe garant des lois du ballon rond, avait autorisé à titre d'essai le port du voile sous certaines conditions strictes il y a deux ans, à la demande de plusieurs pays musulmans. Le Board avait ensuite accepté d'étendre cette expérience aux joueurs masculins après qu'un conflit autour du turban par des Sikhs eut débordé sur les terrains de football au Québec.

« Une expérience a été menée et la décision restait à prendre. Cela a été confirmé: les joueuses peuvent avoir la tête couverte pour jouer », a déclaré le secrétaire général de la FIFA, le Français Jérôme Valcke, lors d'une conférence de presse à Zurich.

« PAS DE DISCRIMINATION »

« Nous ne pouvons faire de discrimination. Ce qui s'applique aux femmes peut s'appliquer aux hommes. Les hommes peuvent aussi porter dans les différentes compétitions un couvre-chef », a ajouté Jérôme Valcke. Le Board a jugé ne plus avoir de raisons valables de l'interdire si les consignes fixées sont bien respectées. Car ce couvre-chef autorisé sur les terrains n'aura rien à voir avec le voile ou le turban de tous les jours, promet la FIFA. Il doit être collé à la tête, être en accord avec la tenue du joueur, ne pas être rattaché à son maillot, ne pas constituer un danger pour celui qui le porte ou pour autrui, et ne doit avoir aucune partie qui dépasse. Les épinglettes pour le faire tenir aux cheveux sont aussi bannies.

Une circulaire sera envoyée dans la foulée aux différentes fédérations pour expliquer les détails. La question du voile avait agité la planète du ballon rond ces dernières années. L'Iran était allé jusqu'à porter plainte contre la FIFA parce que les joueuses de son équipe nationale, faute d'être autorisées à couvrir leurs têtes, avaient dû faire une croix sur les qualifications pour les Jeux olympiques de Londres en 2012.

Pour les instances dirigeantes du ballon rond, c'est l'aspect sportif qui a primé sur le débat autour du symbole religieux. « C'était une requête qui venait d'un groupe de pays et d'un groupe de joueurs qui disaient que cela contribuerait au développement du football et ce fut le principal argument qui a poussé l'IFAB à dire oui », a souligné Jérôme Valcke.Si l'autorisation d'avoir la tête couverte sur les terrains est valable pour le monde entier, cela ne veut pas dire qu'elle sera appliquée partout.

« UNE GRAVE ERREUR »

En France où le débat sur le voile fait rage depuis plusieurs années, la Fédération française de football (FFF) avait déjà interdit, il y a deux ans, à ses licenciées le port du voile afin « de respecter les principes constitutionnels et législatifs de laïcité » qui prévalent dans l'Hexagone. Samedi, la FFF a rappelé que ces mêmes principes restaient valables y compris « en ce qui concerne la participation des sélections nationales françaises dans des compétitions internationales » et maintenu« l'interdiction du port de tous signes religieux ou confessionnels » dans le pays.

Le président de la Ligue de football professionnel (LFP), Frédéric Thiriez, a lui déploré une « grave erreur », après l' autorisation du port du voile dans le foot. « C'est une grave erreur, estime le patron de la LFP dans un communiqué.Je déplore la décision de la Fifa qui malmène le principe d'universalité du football selon lequel toutes les joueuses et tous les joueurs sont soumis aux mêmes règles et aux mêmes conditions de jeu »« Alors que la charte olympique exclut tout signe religieux, cette autorisation va à l'encontre du droit des femmes et menace la neutralité d'un football préservé des querelles religieuses et politiques », conclut M. Thiriez.j

mardi 25 février 2014

Pourquoi les enfants d’immigrés peinent davantage à l’école, 24 FÉVRIER 2014 | PAR MICHAËL HAJDENBERG MEDIACOM

Selon l'enquête Pisa, les enfants d'immigrés réussissent moins bien à l'école. Manque d'ambition des familles, poids des traditions, assignations dans l'orientation, impact de la crise, ghettoïsation croissante : les professeurs, proviseurs, assistantes sociales livrent leurs explications. 

Pour beaucoup, ce résultat constitue une surprise. Non, ils n'avaient pas remarqué qu'à niveau social égal, les enfants d'immigrés réussissaient moins bien à l'école. Oui, le résultat de l'étude Pisa (voir nos précédents articles) les interroge, les bouscule ; parfois les révolte, plus rarement les désespère.

Selon Pisa, « les élèves issus de l'immigration (1re et 2e génération) accusent des scores inférieurs de 37 points à ceux des élèves autochtones, soit presque l'équivalent d'une année d'études » (contre 21 points, en moyenne, dans les pays de l'OCDE).

Nous avons donc interrogé des professeurs, proviseurs, conseillers principaux d'éducation ou encore une assistante sociale pour qu'ils nous disent comment ils expliquent une telle différence. Parfois sous couvert d'anonymat, ils évoquent sans tabou le manque d'ambition de certaines familles immigrées, la ghettoïsation grandissante, l'impact de la crise, les assignations dans l'orientation, le poids des traditions, les zones de relégation. Plus rarement, d'éventuelles discriminations de l'institution.

Problèmes d'orientation, manque d'ambition

Le manque d'ambition pèse sur les résultats scolaires. Quand un élève sait qu'il ne postulera pas aux filières les plus élitistes, sa scolarité s'en ressent. Pisa teste le niveau des élèves de 15 ans. « Mais dès le début de la classe de 4e, il faut être honnête, tu sais qui ira en bac pro et qui ira vers une voie générale », témoigne Vincent, professeur d'anglais à Ivry, dans « un bahut qui compte environ 20 % d'élèves blancs ». Pour lui, la problématique ne concerne pas que les immigrés. « Plus personne ne croit en la progression sociale, la reproduction est entérinée. Mais c'est vrai que certaines familles immigrées trouvent fabuleux que leur enfant fasse un BTS alors que les parents français ne voudront pas que leurs enfants s'arrêtent avant le master. »

Pour Isabelle, assistante sociale depuis vingt-trois ans dans un établissement qui accueille à la fois des enfants de cités dures et des zones pavillonnaires de Seine-Saint-Denis, « les enfants d'immigrés vont plus qu'avant vers les filières professionnelles. Il y a dix ou quinze ans, je me souviens de parents qui poussaient vers le général. À présent, je dois convaincre des familles que leur enfant est capable d'y rester. Il y a une frilosité, une crainte de s'écrouler. Le bac pro paraît plus concret. Ils ne veulent plus d'études longues, aux débouchés lointains et incertains ».

À en croire Isabelle, la volonté d'indépendance serait également plus grande : « Je n'ai jamais vu autant de jeunes se marier aussi tôt. À 25 ans, il faut être marié. C'est vécu comme une ascension. Les études courtes vont le permettre. »

http://static.mediapart.fr/files/imagecache/770_pixels/Micha%C3%ABl%20Hajdenberg/pisa-classe.png© Reuters

La sécurité de l'emploi orienterait clairement vers certains métiers : « Ils parlent souvent du médecin comme du métier inaccessible. À l'inverse, lors du carrefour des métiers, la salle "police-pompiers-armée" a rencontré un succès de folie. Que ce soient les filles, les garçons, toutes communautés confondues… Ce sont des métiers carrés. Ce n'est pas compliqué de rentrer. » Isabelle y voit aussi une forme de renoncement à se lancer dans un parcours plus exigeant : « Le très bon élève n'y arrive pas. Pourquoi je m'y mettrais ? »

Imane, professeur dans un lycée professionnel à Vitry, perçoit de son côté une orientation subie. Dans le collège du quartier où elle travaille, elle estime qu'il y a 70 % d'élèves issus de l'immigration. Et dans son lycée pro, 90 %. Comment expliquer ce décalage ? « Les enfants de l'immigration ne choisissent pas vraiment leur filière. Ils vont vers la vente, l'accueil, le commerce. Pour eux, la réussite passe forcément par le tertiaire. Le manuel ramène au vécu des parents : il ne faut plus se salir les mains. Travailler derrière un bureau est déjà vécu comme une ascension sociale. »

Problème selon Imane : par manque d'informations, les adolescents « s'imaginent qu'avec une filière pro, ils vont pouvoir faire du commerce international. Ils n'ont aucune conscience de la concurrence ». À titre d'exemple, elle cite l'ébénisterie. « C'est une filière assez élitiste, considérée comme l'aristocratie ouvrière, où il existe des débouchés. Les parents français le savent notamment grâce à une histoire familiale, des connaissances en province... On y trouve donc très majoritairement des Blancs. Pour les immigrés, l'ébénisterie renvoie à ce qui se passe au bled. »

Comment pousser ses élèves ? Clémence, professeur dans un lycée des Yvelines à la population socialement mixte (cités de Sartrouville, bourgeoisie de Maisons-Laffitte), se pose souvent la question. « Un de mes élèves brillants a préféré l'an passé la voie technologique pour rester avec ses potes. C'est du gâchis. Du coup, alors qu'il avait fait un excellent début d'année, il a arrêté de travailler. Ni les parents ni l'école ne se sont battus pour qu'il fasse mieux. »

Les parents immigrés seraient plus « fatalistes. Ils montent moins au créneau. À la fin de la classe de seconde, il y a la décision d'orientation du conseil de classe. Mais ce n'est pas définitif. Les parents français font le forcing dans les deux semaines qui suivent pour forcer le passage vers le général. Et souvent, ça marche ».

Il arrive à Clémence de se heurter à un mur : « J'avais une élève brillante, mention TB au Bac, félicitations du jury. Tout pour être polytechnicienne. Elle a préféré la fac de maths. C'est troublant. Ce n'est pas toujours évident de faire comprendre l'intérêt de la prépa. Et c'est encore plus compliqué en lettres avec un discours très difficile à entendre du type : "Tu vas faire hypokhâgne, Khâgne, bon, tu ne seras sûrement pas prise à Normale Sup, mais ce ne sera pas grave." »

Reste une question taboue : l'école, inconsciemment, ne renvoie-t-elle pas elle-même les enfants d'immigrés vers des filières moins ambitieuses ? Ne les brime-t-elle pas dans leur scolarité et leurs ambitions ? « Parfois, je me demande si inconsciemment Ahmed n'est pas orienté vers une filière pro parce qu'il s'appelle Ahmed, avoue Clémence. Je ne sais pas. » Même interrogation, non tranchée, chez Imane : « Difficile de dire si on propose moins les classes de théâtre ou de musique aux immigrés. »  

Interrogée il y a dix-huit mois dans un précédent reportage, Danièle Mingone, conseillère principale d'éducation (CPE) au lycée Mounier de Grenoble, tenait un discours plus tranché : « Disons qu'on n'a pas la même représentation d'un élève d'origine européenne, fils de cadre, qui fait l'option musique, que d'un enfant d'origine étrangère habitant une cité. Et il y a un préjugé qu'à résultats égaux, ils n'auront pas la même capacité à réussir. On anticipe qu'ils n'auront pas les moyens d'aller jusqu'au bout de leur cursus, notamment en S, la filière peut-être la plus scolaire. »

Questionnés dans le cadre de l'enquête Teo, 15 % des descendants d'immigrés ressentent d'ailleurs une injustice liée à leurs origines dans l'orientation (contre 8 % qui en ressentent une dans la notation, la discipline ou les sanctions).

Il n'en reste pas moins que dans l'éducation nationale, on ne voit pas les choses ainsi. « L'institution ne met pas à l'écart un certain type de population. Chacun a les moyens de réussir », assure par exemple Isabelle. Philippe Tournier, secré­taire géné­ral du SNPDEN, partage ce constat : « Peut-être que, parfois, on parie sur celui qui vient d'un milieu culturel plus élevé en se disant "il va s'y mettre", alors qu'on dira d'un élève d'un milieu plus populaire qu'il travaille déjà beaucoup et qu'il ne pourra pas faire plus. Mais je ne crois pas que cela ait à voir avec la couleur de peau. J'ai même l'impression que dans l'orientation, les jeunes issus de l'immigration qui bossent bien sont survalorisés… »

 

L'école renforce les ghettos

L'éducation nationale n'est quoi qu'il en soit pas exempte de toute responsabilité. Les établissements qui ont le plus souffert des politiques publiques au cours des dernières années se trouvent en effet être ceux où l'on trouve le plus d'enfants d'immigrés, dans les quartiers sensibles.

L'assouplissement de la carte scolaire est particulièrement pointé du doigt. « Depuis 2005, et surtout 2007, sous prétexte d'aider les méritants, il y a un tri gravement sélectif, juge Catherine Manciaux, secrétaire générale du SNUpden-FSU, proviseur en zone sensible depuis 1991. On donne moins et on extrait les meilleurs. Dans ces conditions, il est difficile de tirer vers le haut alors que parfois, il suffit d'un bon élève dans une classe. Mais voilà : on donne plus à quelques méritants, et moins à la plèbe. Dans ces conditions, comment faire pour garder une mixité scolaire et donner les moyens de réussir ? »

Le proviseur Philippe Tournier estime que « même dans des quartiers mixtes, on a de plus en plus de classes ethnicisées. La logique communautaire l'emporte sur la logique scolaire : les établissements se ghettoïsent socialement et sur base ethnique. Ce n'est ni mesuré ni mesurable, mais il suffit de se promener pour le voir. Cela a des conséquences sur la dynamique collective. Dans l'entre-soi, on n'avance pas ».

Pour Philippe Tournier, « l'école est dégradée, l'institution est "dégradatrice". Et le pire est à venir puisqu'il n'y a pas de mécanisme correcteur en place. L'assouplissement de la carte scolaire a attisé ces mécanismes, a polarisé les populations et déstabilisé les établissements du milieu. Dans une petite commune moyenne, à présent, on a un établissement qui va bien, et un établissement qui va mal. On a accentué les inégalités. Cette radicalisation des clivages scolaires touche forcément encore plus fortement les populations immigrées puisque les mieux intégrés sont partis. On a décapité des établissements ».

L'absence de mixité se diffuse parfois au sein des établissements, comme l'explique Imane : « Au sein d'un même collège, on peut trouver une classe avec 95 % de Blancs et les meilleurs élèves issus de l'immigration. Et dans une autre classe, 95 % d'élèves issus de l'immigration. L'élève blanc et médiocre a la chance d'être dans une classe d'élite. Cette façon de catégoriser les élèves ne se fait pas nécessairement consciemment. Et parfois, cela est dû au choix d'options : allemand, latin, etc. Il n'empêche : au final, l'école entérine la non-mixité. »

http://static.mediapart.fr/files/imagecache/770_pixels/Micha%C3%ABl%20Hajdenberg/Pisa-portraits.png© Reuters

Un constat alarmant alors que, selon Olivier, professeur dans un collège historiquement bourgeois du centre d'Avignon accueillant depuis peu des populations très pauvres en raison de la fermeture d'un établissement voisin, le mélange fonctionne très bien.« C'est beaucoup plus efficace que de sommer les ZEP de s'adapter à leur public, comme on le fait depuis dix ans. »

Le suivi familial

Pour comprendre la réussite scolaire, impossible de ne pas s'intéresser à ce qui se passe à la maison. « Dans les familles immigrées, il y a parfois un décalage entre l'enfant et ses parents, analyse Imane. On a beaucoup de parents très jeunes. Mais aussi très âgés, quand l'adolescent est en fin de fratrie. Cela crée des problèmes. D'abord parce que quand le père a l'âge d'un grand-père, il n'a plus la force d'éduquer son fils. Ensuite, quand le père a été éboueur, homme de ménage, dans le bâtiment, ou en accident longue durée, les enfants ne veulent pas lui ressembler. De même, des filles narguent leurs propres mères parce qu'elles sont habillées en boubou. La honte, la rage, se répercutent dans la scolarité. »  

À ce schéma, s'ajoutent d'autres difficultés. « Dans les familles d'origine subsaharienne, on a beaucoup de parents qui bossent de nuit ou qui ont des horaires décalés, notamment pour faire des ménages. Chez les Blancs de même niveau social, les mères sont plus souvent secrétaires dans une instance publique, une mairie, un dispensaire… Ce sont des lieux où on fréquente d'autres milieux, où l'on voit d'autres pratiques. Les horaires sont moins décalés, on a plus de temps pour le suivi des enfants… »

Selon Isabelle, assistante sociale, « les familles issues de l'immigration ont une grande confiance dans l'école française. Trop grande. Ça ne part pas d'une mauvaise intention, mais ils considèrent que le temps de l'école n'est pas le leur. Je reçois des parents illettrés, et je leur dis : "Ce n'est pas grave. Demandez-leur simplement ce qu'ils ont appris dans la journée." Mais ils sont intimidés. Si on avait le temps, on ferait des ateliers avec des parents. On leur expliquerait qu'il faut prendre le carnet de correspondances, le cahier de texte, et parler. »

Isabelle explique avoir « plus de souci avec les familles subsahariennes. La polygamie fait par exemple beaucoup de dégâts. C'est un schéma familial compliqué à vivre. Les femmes partent plus, et les familles explosent. Les mères, très courageuses, se retrouvent sans rien. Les pères sont absents. Cela crée des situations très compliquées pour les enfants ».

Des difficultés différentes selon les origines

Bien sûr, il existe nombre de problématiques communes. « Le niveau de maîtrise et de compréhension de la langue est discriminant, explique Michel Richard, principal à Versailles. Des élèves arrivent au collège sans les fondamentaux : lire, écrire, parler. Qu'ils soient coréens, japonais ou portugais, tous les enfants d'immigrés ont la même difficulté. »

Bien sûr, chacun de nos interlocuteurs prend grand soin de ne pas tomber dans de trop grandes généralités. Il existe cependant des problématiques spécifiques qu'il serait absurde de nier si l'on en croit plusieurs de nos témoins : « Avec la communauté turque, ce n'est pas simple, explique Isabelle. Ce sont des gamins qui ne font pas de bruit. Mais il y a beaucoup d'absentéisme, de nombreux décrochages scolaires. On rencontre des mères turques qui sont là depuis vingt-cinq ans et qui ne parlent toujours pas un mot de français. »

 

À chaque nouvelle vague d'immigration ses spécificités : « En ce moment, on a plein de familles d'origine maghrébine mais qui vivaient en Espagne, qui arrivent chez nous, où elles pensent être mieux protégées, raconte Isabelle, assistante sociale. Je viens de recevoir quatre familles en quinze jours. »

Beaucoup de professeurs nous ont dit ne jamais avoir regardé leurs élèves en fonction de leur origine, et donc ne pas pouvoir faire de diagnostic. Certains refusent par principe d'y réfléchir. La proviseur Catherine Manciaux reste elle aussi prudente. « Ça m'embête de stigmatiser les Subsahariens ou les Sri Lankais.» À notre demande, elle ne s'interdit toutefois pas d'aborder le sujet. « Ça fait cliché, mais c'est vrai que les enfants chinois réussissent bien. La situation est plus difficile pour les Africains, les Kurdes, les Tchétchènes et les Européens de l'Est en général. Chez les enfants qui ont connu la guerre, le traumatisme est terrible, il n'est pas assez pris en compte. On ne leur donne pas assez le temps de souffler dans des classes d'accueil. Si on ajoute que certains ne savent pas où ils dormiront le soir, pour cause d'expulsion, ou de relogement... »

Catherine Manciaux s'attarde toutefois sur le regard porté par les parents sur l'école.« Tous les adolescents essaient de contourner les règles et mentent. Mais certaines familles immigrées font confiance à leurs enfants. Elles se laissent emberlificoter, les croient sur parole. Quand on rencontre ces familles, des pères me disent : "Pourquoi vous nous convoquez ? Vous ne voulez pas qu'on les tape, donc qu'est-ce qu'on peut faire ?" J'ai déjà vu des pères sortir des ceinturons devant moi ! Il y a une forte incompréhension. J'essaie de leur expliquer que chacun a sa place, et que si leurs enfants arrêtent de leur mentir, on aura déjà fait 50 % du travail. Mais c'est compliqué. »

Selon Catherine Manciaux, nombre de parents sont en perte de confiance : « Depuis des années, on leur renvoie une image d'eux-mêmes de nuls, de laxistes, on dit qu'ils ne font rien pour leurs enfants. Mais moi je n'ai jamais vu de parents démissionnaires. Seulement des parents qui ne savent pas quoi faire, à qui j'essaie de redonner confiance. »

Et s'il suffisait de laisser le temps faire son œuvre ? Car bien évidemment, plus l'arrivée est récente, plus les problèmes sont importants. Pisa ne manque pas de souligner que quand ils sont nés en France (2e génération), les enfants d'immigrés obtiennent déjà de bien meilleurs résultats que les enfants immigrés nés à l'étranger – arriver d'un pays non francophone ne pouvant qu'accentuer les difficultés de départ.

Malheureusement, l'étude Pisa ne s'intéresse pas spécifiquement aux 3e et 4egénérations. La réussite grandissante des enfants d'origine maghrébine laisse cependant à penser que ce facteur temps est déterminant : « Ils sont nés en France, leurs parents sont nés en France. Une partie a déjà trouvé sa place, explique Philippe Tournier. La population d'origine subsaharienne est arrivée beaucoup plus récemment. et dans une situation économique beaucoup plus mauvaise, dans une précarité beaucoup plus marquée. » Il poursuit : « Aujourd'hui, les Maghrébins font d'ailleurs des pieds et des mains pour être en centre-ville ou dans le privé. Ne restent sur place que ceux qui ne croient plus que l'école va permettre de changer de situation. »

Vincent constate les mêmes différences à Ivry. « En quelques années, il y a une amélioration spectaculaire de la situation des jeunes d'origine maghrébine. Leurs parents ont été scolarisés en France, on n'a donc pas besoin de leur expliquer les problématiques d'orientation. »

Vincent note lui aussi que les parents subsahariens rencontre des difficultés : précarité, surpopulation, plus faible présence à l'école, illettrisme, parfois polygamie. Mais il se méfie des généralités : « Les Congolais et les Camerounais qui viennent, dont les parents sont issus de la classe moyenne, réussissent super bien ! Et on a aussi notre lot de "white trash" ("quart monde" blanc). Le facteur d'explication no1, c'est toujours le social. »

Aymeric, principal à Amiens, voit dans les difficultés de certains le fruit de l'isolement.« Les immigrés de l'Est (Géorgie, Biélorussie, etc.) qui échappent à des conflits ethniques sont cassés psychologiquement.  Ils ont tout quitté. Ici, ils n'ont pas de famille, pas de réseaux. Ils n'arrivent pas d'un pays francophone. C'est très dur pour les enfants. »

Enfin, peu évoquée, la question religieuse se pose. Car si certains soulignent la grande réussite des filles par rapport aux garçons, d'autres, comme Imane, rappellent que la religion peut enfermer. « Pour les filles, passé 16 ans, il est parfois difficile de poursuivre les études, difficile de se projeter dans autre chose que l'éducation des enfants. Dès qu'elles ont le bac, elles deviennent des "madames". Se voilent.  Sont fières d'avoir leur diplôme et s'en contentent, même si ça ne débouche sur rien. C'est fréquent et un peu flippant. »

La crise économique

« Par manque de place, les enfants issus de l'immigration ne travaillent pas chez eux, explique l'assistante sociale Isabelle. Les parents rament. En vingt-trois ans, je n'en ai jamais vu autant au chômage et en fin de droits. Et je n'ai jamais vu non plus autant de gamins à l'aide aux devoirs le soir à l'école. Mais nous aussi, on manque de moyens pour les aider. »

Isabelle fait partie d'une commission qui tente de débloquer des fonds pour les familles qui ne parviennent plus à payer la cantine ou à participer au voyage scolaire de leur enfant. « J'entends beaucoup "Papa ne travaille plus". Les pères sont souvent âgés, et quand ils travaillaient dans le bâtiment, ils ne retrouvent pas facilement d'emploi. Cela ne va pas sans déclencher de la morosité chez leurs enfants, quand ce n'est pas de la déprime. » Pour Isabelle, c'est une évidence, « les familles immigrées sont plus touchées par le chômage ».

La crise frappe cependant partout, y compris dans les zones rurales où l'on ne compte quasiment pas d'immigrés. Olivier, principal dans un collège de Picardie, perçoit les conséquences des suppressions de poste dans le flaconnage de verre et la serrurerie.« Avant, on n'entendait pas d'enfants dire "maman doit attendre la fin du mois pour m'acheter un nouveau cahier" ». Lui aussi a donc, alors qu'elles ne sont pas issues de l'immigration, des « familles du "quart monde", qui pensent avant tout à se nourrir, qui sont en rébellion par rapport aux institutions ». Mais « nous en avons relativement peu, peut-être 20 % des effectifs. La concentration de pauvreté n'est pas aussi forte que dans les zones urbaines sensibles. On a donc plus de temps pour elles. » Les résultats s'en ressentiraient.

Aymeric, également chef d'établissement en Picardie mais à Amiens où il fréquente une population bien plus mixte dans ses origines, note un changement profond au cours des dernières années : « Il y a dix ans, on entendait dire des enfants d'immigrés que c'était une population vivante, bruyante, pénible, mais qui en voulait plus qu'en territoire rural. Aujourd'hui, c'est fini. Leurs aînés sont au chômage. Les classes laborieuses ne s'imaginent plus devenir profs. C'est l'ancrage du :"On n'y arrivera pas". » Comme ses collègues, il en revient au point central. « C'est plus lié à l'origine sociale que culturelle. »

 

dimanche 16 février 2014

A l'approche des municipales, l'UMP rêve de renouer avec «l'électorat musulman» LE MONDE | 13.02.2014 à 12h28


Par 


Jean-François Copé à Berlin, le 11 février.

A l'approche des élections municipales, Jean-François Copé cible tous les déçus de François Hollande, dans l'espoir de les détourner de la gauche. Dans cette catégorie, il se montre particulièrement attentif à ce qu'il considère comme un électorat musulman. Près de deux ans après la défaite de Nicolas Sarkozy, le président de l'UMP ne se cache pas de vouloir renouer avec cet électorat qui boude la droite et a voté à près de 90 % pour François Hollande à la présidentielle. « L'UMP tient un discours de vérité à nos compatriotes de confession musulmane, qui peuvent être en phase avec les valeurs que je propose : la liberté économique, l'autorité de l'Etat et l'égalité des chances », affirme M. Copé au Monde.

Le moment lui semble propice pour faire les yeux doux à ces électeurs car une partie d'entre eux se sont montrés déstabilisés par les réformes sociétales du gouvernement. Lors de la Manif pour tous du 2 février, ils n'étaient que quelques dizaines de manifestants à défiler sous une bannière« Les Français musulmans disent non au mariage homosexuel ». Mais M. Copé a surtout noté que certains d'entre eux ont répondu à l'appel au boycott de l'école pour protester contre un prétendu enseignement de la « théorie du genre ». Il a pu le constater dans sa ville à Meaux (Seine-et-Marne), où des dizaines de familles musulmanes ont participé à la Journée de retrait de l'école, le 27 janvier.

« Sur le terrain, ils me disent : "Hollande nous embête en bousculant nos valeurs" », affirme celui qui a lui-même alimenté les inquiétudes des parents, en allant jusqu'à dénoncer, le 9 février sur RTL, un ouvrage intituléTous à poil ! (Rouergue, 2011), qu'il a présenté comme « recommandé aux enseignants ». Une accusation hasardeuse, destinée à récupérer des voix avant les municipales. « Les projets du gouvernement sur la famille, cela permet à l'UMP de retrouver des électeurs pas forcément à gauche, qui ont voté pour François Hollande à la présidentielle », veut croire M. Copé.

« BEAUCOUP CRAIGNENT QUE L'ON S'ALLIE AVEC LE FN »

Pour lui, le temps est venu de restaurer une relation de confiance avec l'électorat musulman, qui tourne le dos à la droite depuis plusieurs décennies et encore plus depuis la présidence Sarkozy, à cause de discours jugés stigmatisants lors des débats sur l'identité nationale ou sur l'islam.

Un sentiment de défiance entretenu par M. Copé lui-même, notamment avec sa désormais fameuse histoire de « pain au chocolat ». Mais il parie que ses postures passées sur l'islam ne lui porteront pas préjudice dans son opération reconquête. Et développe son argumentaire, en assurant que l'offre politique de l'UMP colle avec les attentes de cet électorat : « Nos compatriotes de confession musulmane prennent conscience que seule une politique de droite moderne peut faciliter leur intégration car nous sommes intraitables face à l'intégrisme, nous sommes très fermes en matière de sécurité, nous prônons la liberté d'entreprendre et non le collectivisme comme le propose la gauche, et nous sommes intransigeants sur les valeurs en refusant la banalisation des cultures. »

Lire l'entretien avec Vincent Tiberj, chercheur au centre d'études européennes : « Il y a certaines valeurs communes entre la droite et les Français de confession musulmane »

« Notre politique en matière d'immigration leur plaît également car beaucoup me disent : "On ne veut pas plus d'immigrés. Occupez-vous déjà de nous, qui sommes déjà là" », poursuit-il. Avant de noter : « Le seul point sur lequel ils ont un doute, c'est notre rapport au FN. Beaucoup craignent que l'on s'allie avec ce parti même si je répète que cela ne se produira jamais. »

« VOLONTÉ DE DÉCRISPATION »

Si la droite ne parvient pas à les attirer, elle espère au moins les détourner du PS pour faire gonfler l'abstention des électeurs traditionnellement acquis à la gauche. « La première étape, c'est de faire en sorte que cet électorat ne vote plus pour le PS, afin de couper la gauche d'un de ses réservoirs de voix traditionnels. C'est ce qui est en train de se produire avec le mariage pour tous et la théorie du genre. Ensuite, la seconde étape, c'est qu'ils votent pour nous », veut croire un stratège de l'UMP.

A droite, certains ténors se félicitent de cette « volonté de décrispation »avec les musulmans, jugeant que la droite ne peut pas se payer le luxe de se couper de ce vote pour les élections futures. Beaucoup ont observé avec attention les résultats de la dernière élection présidentielle américaine, lors de laquelle les républicains ont en partie perdu à cause d'un déficit de voix venant des Américains issus de l'immigration, notamment des « latinos ».

Même s'il regrette que « la droite se réveille un peu tard sur le sujet », le député UMP Gérald Darmanin (Nord) se réjouit que son camp veuille reconquérir cet électorat. « C'est un énorme gâchis que près de 90 % des Français musulmans votent contre notre famille politique alors que, culturellement, la plupart sont de droite, en étant conservateurs sur les sujets de société et libéraux en économie », juge ce petit-fils de harki.

Lire également : Municipales : les sondeurs prévoient une poussée du Front national

Si l'UMP tente de ratisser large en essayant de rallier le suffrage de tous les déçus de François Hollande, les Français de confession musulmane représentent une cible stratégique car ils constituent un fort réservoir de voix. Leur poids électoral, conséquent, peut en effet avoir des répercussions décisives sur un scrutin. D'après une étude du Centre de recherches scientifiques de Sciences Po (Cevipof) datant de décembre 2011, ces électeurs pèsent environ 5 % du corps électoral. Cela représente 1,5 point dans le résultat final, selon une étude de l'IFOP de juillet 2013.

mercredi 12 février 2014

Le Pen et Estrosi favorables à un référendum sur l'immigration 12.02.2014 à 21:27 | Le Monde.fr avec AFP


Christian Estrosi, maire UMP de Nice, avec Nora Berra et Brice Hortefeux lors d'une rencontre des "amis de Nicolas Sarkozy", le 29 janvier. AFP/FRED DUFOUR

Visiblement inspirés par l'exemple suisse, Christian Estrosi (UMP) et Marine Le Pen (FN) se sont prononcés le même jour, mercredi 12 février, pour l'organisation d'un référendum sur l'immigration en France. La similitude des deux propositions a, sans surprise, provoqué l'ire des socialistes.

>> Lire (édition abonnés) : Les dirigeants européens alertent la Suisse sur les conséquences de son vote

C'est le député et maire de Nice, en campagne pour sa réélection, qui a ouvert le feu sur France 2 en évoquant les électeurs helvètes qui ont approuvé dimanche, à une courte majorité, de 50,3 %, une limitation de l'immigration :

« Moi, je serais favorable à ce qu'il y ait un référendum similaire en France. Puisque nous aurons des élections européennes et que le problème est d'abord européen avec les règles de Schengen qui sont très défavorables à la France, je verrais bien à ce qu'il y ait aussi une question qui soit posée avec un referendum aux Français le même jour que les élections européennes, le 25 mai prochain. »

La président du FN, Marine Le Pen, a eu la même idée, y ajoutant la question de la « priorité nationale », une thématique classique du Front national.Interrogée par Les Echosla présidente du FN a ainsi évoqué le droit des peuples européens :

« Les peuples ont le droit de maîtriser leurs frontières, de décider qui rentre chez eux, qui y travaille, et accessoirement, selon le contexte, de limiter totalement l'immigration, de l'ouvrir un peu, de décider à qui ils l'ouvrent, et c'est ça l'enjeu du vote suisse. L'autre enjeu, c'est la priorité nationale, caricaturée en France. A compétence égale, c'est un Suisse qui a la priorité sur un travailleur étranger. J'appelle les Français à réclamer un référendum sur le sujet. »

Au même moment, une pétition a été lancée sur le site Internet du Front national  : « Exigeons, nous aussi, un référendum sur l'immigration ».

« DÉRIVE INDIGNE »

Un communiqué du PS a aussitôt pointé cette similitude entre un dirigeant de l'UMP et la présidente du FN. « A quelques heures d'intervalle, l'UMP M. [Christian] Estrosi et la présidente du Front national ont fait part d'une proposition identique : un référendum sur l'immigration en France », souligne son porte-parole, Eduardo Rihan Cypel. « On connaissait la tendance de l'UMP à courir derrière le Front national. La nouveauté c'est, qu'aujourd'hui, l'UMP précède le FN sur le terrain de l'extrême droite », écrit le député de Seine-et-Marne, ajoutant qu'il s'agit d'une « dérive indigne d'un parti qui se réclame du gaullisme ».

Plus tôt dans la journée, le PS et l'UMP s'étaient affrontés sur les déclarations récentes de Jean-François Copé à propos du livreTous à poil !. Michel Sapin avait ainsi accusé le président de l'UMP de tenir « exactement le même langage » que le FN.