dimanche 7 juillet 2013

Gens du voyages, Roms, islam : les dérapages de Christian Estrosi

"Quand je vois ce qui est en train de se passer en Égypte et dans un certains nombre de pays au nom de l'islam, je suis particulièrement inquiet", affirme Christian Estrosi. AFP/JEAN-CHRISTOPHE MAGNENET

Christian Estrosi, député UMP des Alpes-Maritimes et maire de Nice, était l'invité du "Grand Rendez-vous" Europe 1- i>Télé-Le Parisien-Aujourd'hui en Francedimanche matin. Il a jugé "sévère"et "disproportionnée" la décision d'invalidation des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy, qui donne aussi le sentiment, selon lui, d'"un nouvel impôt sur l'opposition". Surtout, il s'est livré à une attaque en règle contre les gens du voyage, les Roms et l'islam.

Il est revenu sur les expulsions de gens du voyage occupant des terrains illégalement à Nice, en faisant au passage l'amalgame avec la communauté rom. Il a souligné que l'expulsion de personnes occupant des terrains illégalement est devenue plus difficile par la circulaire Valls de 2012. "J'appelle les maires de France à la révolte, quelque part, et à utiliser le mode d'emploi qui est le mien", a déclaré le maire de Nice. "Nous disposons de moyens qui nous permettent de le faire." Il appelle les maires de France à "ne pas céder""Le pire des exemples dans cette affaire, c'est de céder. Je n'ai lâché sur rien", a-t-il assuré.

.@cestrosi sur @itele "vous savez très bien que les Roms en France sont souvent des étrangers en situation irrégulière"

itele (@itele) July 7, 2013

"J'EN AI MATÉ D'AUTRES, JE VOUS MATERAI"

M. Estrosi a cité l'exemple de gens du voyage installés illégalement sur un terrain de football à Nice et qui auraient déclaré qu'ils y resteraient trois semaines. Le maire leur a proposé dans l'après-midi les 50 emplacements de l'aire d'accueil communale, mais la communauté lui avait signifié vouloir rester unie."J'en ai maté d'autres, je vous materai", assure leur avoir dit Christian Estrosi.

"La première chose que je fais, c'est de vous mettre caméras partout, pour surveiller vos faits et gestes dans les quelques heures qui viennent. On va noter ceux qui rentrent, sortent, à quelle minute, à quel moment et ce que vous allez faire partout, dans la ville, dans la métropole, etc."

"Je vais relever les plaques d'immatriculations les unes après les autres", a poursuivi le maire de Nice. "Je fais un référé devant le tribunal à titre conservatoire pour pouvoir saisir les véhicules, vous savez, ces belles et grosses voitures avec lesquels ils tirent leurs belles et grosses caravanes pour lesquelles il faudrait parfoisaux Français toute une vie pour pouvoir se payer les mêmes."

Je n'accepte pas l'installation des gens du voyages sur le terrain de rugby aux Arboras à #Nice06.pic.twitter.com/DMicsTuUSR

Christian Estrosi (@cestrosi) June 30, 2013

Ils sont en illégalité et devront payer les dégradations. Tout sera fait pour le leur rappeler: caméra, relevé d'identité... #nice06

Christian Estrosi (@cestrosi) June 30, 2013

"JE VAIS ENVOYER MON MODE D'EMPLOI À TOUS LES MAIRES DE FRANCE"

Assurant avoir présenté une facture de 500 000 euros, le maire de Nice affirme avoir dit : "Non seulement vous allez partir, mais avant, vous allez payer. Si vous ne payez pas, ok : saisie des véhicules pour pouvoir rembourser ce que les contribuables de Nice n'ont pas à payer."

"Je vais envoyer mon mode d'emploi à tous les maires de France pour qu'ils sachent pendant tout l'été quels moyens utiliser face à un pouvoir socialiste qui ne les accompagne pas", a enfin annoncé Christian Estrosi. Interrogé pour savoir s'il considère les gens du voyage et les Roms comme des délinquants, il a répondu : "Quand on entre par effraction quelque part, on est un délinquant."

L'#islam et la démocratie incompatibles pour Christian Estrosi http://t.co/QaCJqa2fib

itele (@itele) July 7, 2013

Le député s'est opposé à une déclaration de François Hollande lors de son voyage officiel en Tunisie, affirmant que "la France sait que l'islam et la démocratie sont compatibles""On ne peut pas se revendiquer de partout de la laïcité et en même temps dire que l'islam et la démocratie sont parfaitement compatibles", a-t-il affirmé. "Dès qu'en France, vous avez dans une crèche, dans une école, dans un lieu public, quelqu'un qui afficherait un signe ostentatoire d'une appartenance à une religion, tout le monde se met à hurler, ce qui, parce que je défends les principes de la laïcité, me paraît totalement légitime", a asséné le maire de Nice.

"Quand je vois ce qui est en train de se passer en Egypte et dans un certain nombre de pays au nom de l'islam, je suis particulièrement inquiet", a ajouté M. Estrosi, pour terminer par : "Donc pour moi c'est totalement incompatible, je veux que l'on défende l'idée de liberté et de démocratie à partir du principe de la laïcité, qui fait le modèle de notre pays..

>> Lire : "A Tunis, François Hollande concilie islam et démocratie"

Ces propos sont suscité l'indignation du porte-parole du PS, Eduardo Rihan Cypel, qui a estimé que Christian Estrosi cherchait à"faire plus dur que le FN" en vue des élections municipales de 2014."Ce sont des propos invraisemblables : M. Estrosi appelle carrément à des pogroms. On a l'impression d'avoir un milicien, et non pas un élu de la République qui s'exprime", a estimé le député de Seine-et-Marne sur Europe 1. "Mais qu'est-ce qu'il va faire ? Il va prendre une batte de baseball et régler le compte des gens ? Un élu de la République doit régler les problèmes sans tomber dans le populisme et les amalgames", a indiqué Eduardo Rihan Cypel.

lundi 1 juillet 2013

Le figaro. Le Pen maintient que les prières de rue relèvent de l'«occupation» Marion Joseph, 01/07/2013 | Mise à jour 20:34



La présidente du FN, dont l'immunité d'eurodéputée pourrait être levée mardi, a de nouveau fait un parallèle entre cette pratique et l'Occupation. Elle se dit «poursuivie pour un délit d'opinion».

Marine Le Pen a réitéré. Alors que son immunité parlementaire au Parlement européen pourrait être levée mardi suite à ses propos sur les prières de rue, tenus en 2010, la présidente duFront national a de nouveau fait un parallèle entre cette pratique - utilisée par les musulmans en France, faute de place suffisante dans les mosquées - et l'Occupation. «Je suis poursuivie pour un délit d'opinion pour avoir osé dire ce que tous les Français pensent, à savoir que les prières de rue, dont je leur indique d'ailleurs qu'elles continuent à se dérouler sur le territoire français, sont une occupation», a-t-elle dénoncé lundi sur LCI. «Eh oui, c'est une occupation! Je le maintiens», a-t-elle persisté, sans toutefois évoquer explicitement la Seconde Guerre mondiale, comme la première fois.

C'était le 10 décembre 2010. En pleine campagne pour la présidence de FN, la fille de Jean-Marie Le Pen s'était installée au centre du jeu politique après sa sortie polémique sur les prières de rue. «Je suis désolée, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde Guerre mondiale, s'il s'agit de parler d'occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça c'est une occupation du territoire», avait-elle dénoncé devant 250 à 300 adhérents réunis à Lyon. «Certes, y'a pas de blindés, y'a pas de soldats, mais c'est une occupation tout de même et elle pèse sur les habitants», avait-elle tonné sous les applaudissements.

Cette comparaison de Marine Le Pen, qui avait pris ses distances avec les provocations régulières de son père, avait provoqué un tollé dans la classe politique et le milieu associatif. Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) avait porté plainte pour «incitation à la haine raciale», tout comme le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) qui s'était aussi constitué partie civile pour «provocation à la discrimination, à la violence et à la haine envers un groupe de personnes en raison de leur religion». Le parquet de Lyon avait ouvert une enquête préliminaire en janvier 2011.

«Il va y avoir un procès et j'espère le gagner»

Mardi, Marine Le Pen devrait voir son immunité d'eurodéputée levée. Le 19 juin, la commission des affaires juridiques du Parlement européen a adopté, à une large majorité, un rapport allant dans ce sens. Il semble donc probable que le Parlement se range à son avis. Ce qui pourrait conduire à une mise en examen de la présidente du FN. Toutefois, la levée probable de son immunité parlementaire ne préjuge pas de l'issue des poursuites. Marine Le Pen a d'ailleurs affirmé à plusieurs reprises «se moquer» de cette procédure. «Je ne le crains absolument pas», a-t-elle assuré mardi au siège du FN, à Nanterre. «Il va y avoir un procès et j'espère le gagner.»

Lundi matin sur LCI, la chef du parti frontiste a défié l'UMP et lePS. «Ma levée d'immunité parlementaire sera votée par mes adversaires politiques UMP-PS, cela ne me pose aucun problème», a-t-elle redit, affirmant qu'elle irait «devant le tribunal correctionnel tête haute pour leur expliquer qu'il faut bien des gens dans notre pays qui disent la vérité aux Français».

Dans le passé, deux autres députés européens FN ont vu leur immunité levée: Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnisch. Si le premier a été plusieurs fois condamné, la Cour de cassation a finalement annulé la condamnation du second.


lundi 24 juin 2013

Corruption, éducation et santé : les trois points de la discorde brésilienne, Par Nicolas Bourcier, Le Monde.fr | 23.06.2013 à 22h57 • Mis à jour le 24.06.2013 à 08h58 |


Manifestants près de la plage de Copacabana à Rio de Janeiro, le 23 juin.

Rio de Janeiro, correspondant. Il aura suffi d'une augmentation de 20 centimes pour faire voler en éclat l'image d'un Brésil conquérant, sûr de lui et promis à un avenir économique et social harmonieux. Lorsque les autorités de Sao Paulo ont décidé, le 2 juin, de faire passer le billet de bus de 3 à 3,20 réals (1,12 euro), elles étaient loin d'imaginer l'onde de choc qui allait suivre. La fronde sociale s'est répandue en l'espace de quelques jours dans tout le pays. Elle atteint désormais plus d'une centaine de villes. Les sommes colossales investies dans les préparatifs de la Coupe du monde – 27,4 milliards de réals pour un budget prévisionnel total de 33 milliards de réals – servant, dès le début, de catalyseur à un mouvement aux revendications multiformes


D'après un sondage de l'institut Ibope publié samedi 22 juin par la revueEpoca, quelque 75 % des Brésiliens soutiennent désormais le mouvement de protestation. Le prix et la qualité des transports en commun sont le principal motif de ce soutien (77 %), devant le rejet de la classe politique (47 %) et la corruption (33 %). Ils sont 78 % à estimer que la santé publique est le secteur le plus sinistré. Partout sur les réseaux, les textes et exemples abondent pour illustrer les défaillances d'un système public dépassé ou défaillant. Un maelstrom de revendications révélateur d'un profond malaise dans ce Brésil où la croissance économique donne de sérieux signes d'essoufflement.

  • LA CORRUPTION

D'après une enquête réalisée par le magazine économique Exame, en août 2011, la corruption détournerait des coffres publics au moins 51 milliards de reais par an. Une estimation basse qui correspond, selon la Fédération des industries de Sao Paulo (Fiesp), à une perte d'au moins 1,4 % du PIB chaque année, l'hypothèse haute tablant sur une perte de 2,3 % du PIB. Si cette somme était appliquée à un programme d'habitation pour des familles aux faibles revenus comme "Minha Casa, Minha Vida" ("ma maison, ma vie"), lancé par le Parti des travailleurs (PT, gauche au pouvoir), elle permettrait d'en faire bénéficier immédiatement 918 000 familles. Ce programme d'accession à la propriété est prévu pour 2 millions de familles.

Une spectatrice du match Brésil-Mexique, le 19 juin à Fortaleza.

Autre grief, les retards dans les travaux et les réalisations qu'engendrent les effets de la corruption. "Ils créent des difficultés qui entravent l'avancement des projets, imposant des coûts supplémentaires, et des frais supplémentaires pour éliminer les obstacles qu'ils ont eux-mêmes engendrés", explique José Ricardo Roriz Coelho, directeur du département de la compétitivité à la Fiesp.

A cela s'ajoutent les affaires récurrentes de corruption d'acteurs politiques. Un mal chronique qui remonte aux sources même de la fondation de cette république fédérative marquée par les potentats locaux et la période du "coronelisme" (1889-1930), pendant laquelle le pouvoir local était confié à des propriétaires fidèles au gouvernement brésilien, les coroneis.

Selon Transparência Brasil, le Congrès de Brasilia est celui qui coûte le plus à la population, comparé aux parlements de 10 autres pays (Allemagne, Argentine, Canada, Chili, Espagne, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Mexique et Portugal). D'après leurs calculs, le Congrès consommerait 11 545 réals par minute (chiffres de 2007). Le pays se trouve à la 69e place sur la liste des 178 pays classés par l'organisation non gouvernementale. Soit derrière la Namibie ou le Rwanda.

"Tous les indicateurs indiquent que la corruption est devenue chronique au Brésil", affirme l'économiste Gil Castello Branco, fondateur de l'ONG Contas abertas ("comptes ouverts"). Le projet de loi PEC 37, un texte soumis au Congrès et visant à restreindre le pouvoir des enquêteurs et des procureurs, n'a fait qu'ajouter au ressentiment des manifestants.

  • L'ÉDUCATION

C'est le point noir, peut-être le plus gros grief fait par les protestataires. Autant les universités publiques sont d'un niveau d'excellence et au même rang que les meilleures institutions mondiales, autant le primaire et encore plus le secondaire sont dans un état déplorable. Ironie du système : il faut passer par des lycées privés pour entrer dans les facultés publiques.



Les écoles, collèges et lycées publics sont défaillants tant au niveau des infrastructures qu'en termes d'enseignement. Le manque d'établissements entraîne un roulement des classes où les enfants du primaire optent soit pour des cours le matin soit pour l'après-midi. On observe dans certaines régions ou zones particulièrement déficientes la mise en place d'un troisième roulement quotidien.

En 2000, 97 % des enfants et adolescents de 7 à 16 ans bénéficiaient de l'accès universel à l'enseignement primaire, avec une diminution du taux d'analphabétisme de 20,1 % à 11,8 %. La situation s'est certes améliorée par rapport aux décennies précédentes, mais reste nettement insuffisante, selon tous les spécialistes.

L'absence ou le manque chronique de professeurs est aussi un mal récurrent. Leur formation est de mauvaise qualité. Eux-mêmes sont extrêmement mal payés. Les salaires variant d'un Etat à l'autre, les revenus d'un enseignant débutant varient autour de 300 à 400 euros par mois, pour une moyenne de seize heures par semaine.

La corruption, l'éducation et la santé forment le trio de tête dans le maelstrom de revendications révélateur d'un profond malaise dans la société brésilienne.

A Rio de Janeiro, par exemple, d'importants efforts ont été réalisés ces dernières années par le secrétaire d'Etat à l'éducation, Wilson Risolia Rodrigues, avec notamment une augmentation des salaires et un meilleur accompagnement des carrières. Mais les résultats, par nature, prennent du temps.

Au niveau de l'Etat de Rio, ils étaient 8,3 millions de lycéens à entrer en classe de seconde en 2009. Ils n'étaient plus que 1,7 million en terminale en 2011. Le taux d'échec scolaire sur le plan national s'élève à plus de 50 %.

Des efforts ont été fait par la présidente Dilma comme l'école obligatoire à 4 ans (applicable en 2016) ou encore la mise en place de quotas (raciaux et sociaux) dans les universités publiques afin d'ouvrir l'enseignement supérieur aux populations les plus défavorisées. Mais là encore cela prend du temps. "Le pays est train de payer cinquante ans d'absence de politique publique", affirmait de façon prémonitoire au Monde Wilson Risolia Rodrigues quelques mois avant le déclenchement du mouvement de protestation.

  • LA SANTÉ

C'est l'autre secteur largement déficient au Brésil, surtout pour les plus pauvres. Les conditions sanitaires d'une grande partie de la population restent précaires même si l'espérance de vie s'est allongée (74 ans et 29 jours). Le système de santé reflète les inégalités du pays, où les gens assez riches reçoivent des soins d'une qualité égale voire supérieure à ceux prodigués en Europe, alors que la grande majorité de la population n'a accès qu'au système public de santé de moindre qualité, même s'il s'est amélioré cette dernière décennie.

Les prestations payantes d'opérateurs privés se sont développées en réponse aux lacunes du secteur public, et constituent une alternative pour désormais plus de 48 millions de Brésiliens (plus de 30 % de la population). Le sud-est du Brésil (zone la plus riche) est la région qui concentre le plus d'affiliés à des plans de santé privés avec 36 millions d'assurés, soit 67 % du nombre total d'assurés.


Cette augmentation des assurances privées porte atteinte à la santé publique, a affirmé Ana Maria Costa, présidente du Centre brésilien d'études sanitaires (Cebes), qui dénonce "une marchandisation de la santé". D'un point de vue global, le budget de la santé reste relativement faible et ne représente encore que 410 euros par habitant (moins de 4 % du PIB), même si l'augmentation a été forte depuis 2005 (de l'ordre de 160 %, chiffre d'Awex).

Le secteur emploie directement 2 millions de personnes et 5 millions indirectement. Il compte plus de 4 750 hôpitaux privés et 2 000 publics. On dénombre également 17 000 cliniques en tout genre. Au total, le pays compte 331 000 médecins, 1,2 million d'infirmiers et aides-soignants, ce qui représente en principe une capacité suffisante pour répondre aux besoins de la population. Toutefois, avec près de 60 % des hôpitaux situés dans les zones urbaines du Sud ou du Sud-Est, l'accès aux soins en zone rurale et dans le Nord et le Nord-Est reste très inégal.

L'idée de faire venir 6 000 médecins cubains dans ces régions démunies – projet formulé par le gouvernement de Dilma Rousseff en mai et repris lors du discours de la présidente le 21 juin – n'a pas eu l'heur de convaincre les professionnels de santé. Dès samedi, plusieurs cortèges de médecins ont exigé une meilleure répartition des soins et dénoncé la mauvaise qualité des infrastructures.

dimanche 23 juin 2013

A Villeneuve-sur-Lot, le front républicain en lambeaux 23.06.13 | 09:32 | LE MONDE Patrick Roger

Etienne Bousquet-Cassagne, le candidat Front national dans la circonscription de Villeneuve-sur-Lot, le 16 juin. AFP/MEHDI FEDOUACH

Au soir du premier tour de l'élection législative partielle dans la 3e circonscription du Lot-et-Garonne, dimanche 16 juin, le candidat socialiste, Bernard Barral, éliminé, avait appelé à "faire barrage" au FN. Appel relayé par les responsables locaux et nationaux du PS. Le candidat de l'UMP, Jean-Louis Costes, avait mollement saisi la main tendue par son rival, tandis que Jean-François Copé et François Fillon appelaient les électeurs à se mobiliser derrière lui "afin de sanctionner la politique conduite par François Hollande".

> Lire aussi : Etienne Bousquet-Cassagne, le "petit" du FN propulsé tête d'affiche

De cet éphémère ersatz de "front républicain", il ne reste plus que des lambeaux, et les appels à faire barrage au FN se sont faits de plus en plus discrets. "On ne va quand même pas aller apporter nos voix pour qu'elles comptent comme une sanction de la politique du gouvernement que nous soutenons", explique désormais le coordinateur de la campagne de Bernard Barral, qui pour sa part votera blanc. Une attitude largement partagée par les sympathisants socialistes, à l'instar de Marie-Françoise Béghin, conseillère régionale et municipale de Villeneuve-sur-Lot, qui s'estime"déliée" de tout engagement.

Le Front de gauche a tardé à arrêter sa position pour finalement, dans un communiqué, expliquer que l'élection du candidat UMP"aggraverait les politiques antipopulaires" mais que "pas une seule voix ne doit aller à l'extrême droite". Une invitation, en quelque sorte, à rester chez soi ou aller à la pêche.

Les écologistes s'en tirent aussi par une pirouette, en estimant que"les électeurs, dont les voix ne nous appartiennent pas, sauront trouver l'attitude la plus conforme à leurs convictions". Quant à la candidate du NPA, elle estime n'avoir pas à trancher "entre deux candidats de droite". Enfin, Anne Carpentier, animatrice d'un journal local, La Feuille, qui se présentait sous l'étiquette du Parti d'en rire, et a recueilli plus de 3 % des voix au premier tour, se refuse à choisir"entre la peste et le choléra".

DÉSARROI

Au-delà de ces prises de position politiques, le plus frappant, au fil des derniers jours de campagne avant le second tour, est la désinhibition des électeurs à annoncer leur intention de voter pour le candidat du FN. Y compris chez certains qui se réclament de gauche mais en sont orphelins. Villeneuve-sur-Lot est un miroir de la dislocation sociale et idéologique d'une société, dont des pans entiers sont naufragés, à la dérive. L'état de désarroi du pays se reflète à travers cette partielle. Et tant d'autres symptômes.

Il suffit d'écouter cette lancinante complainte de l'"abandon". Les mots sont les mêmes : pour ces électeurs, dont bon nombre n'ont plus envie de se déplacer, la gauche n'a pas plus de solutions que la droite. Toutes deux ont échoué, toutes deux sont associées à une même impuissance. Paradoxalement, le "front" anti-FN n'est pas suivi d'effet, mais en plus conforte l'idée d'une collusion des partis du "système" et renforce l'idée d'un vote en faveur du parti lepéniste pour "renverser la table". C'est la double peine.

Un pronostic à la veille du second tour est difficile à établir. Michel Guiniot, le directeur de campagne du candidat du FN, Etienne Bousquet-Cassagne, fait observer une donnée. En mars, dans la législative partielle de la 2e circonscription de l'Oise, le candidat UMP, arrivé en tête au premier tour avec plus de 40 % des voix, devançait la candidate du FN de 14 points. A l'arrivée, il ne l'a emporté qu'avec moins de 3 points d'écart. Cette fois, à peine 900 voix séparent les deux candidats.

> Lire aussi : Dans l'Oise, le sentiment d'abandon profite au FN

Vendredi soir, à Villeneuve-sur-Lot, c'était Fête de la musique. A une table en terrasse, six jeunes filles. Toutes, au premier tour, ont émis un vote différent. Toutes au second, voteront "contre le FN","parce qu'on ne peut pas laisser faire ça". C'est peut-être de là que viendra le sursaut.

Etienne Bousquet-Cassagne, le "petit" du FN propulsé tête d'affiche 23.06.13 | 09:29 | LE MONDE Patrick Roger

Le candidat du FN Etienne Bousquet-Cassagne, sur le marché de Sainte-Livrade-sur-Lot (Lot-et-Garonne), le 21 juin. ULRICH LEBEUF / M.Y.O.P POUR LE MONDE

C'est la jeune garde du Front national. A 23 ans, Etienne Bousquet-Cassagne, en dernière année de BTS négociation, relation client (NRC), se retrouve propulsé tête d'affiche dans l'élection législative partielle très médiatisée de la 3e circonscription de Lot-et-Garonne, anciennement détenue par Jérôme Cahuzac.

Dimanche 16 juin, au premier tour, avec 26,04 % des suffrages, il a talonné le candidat de l'UMP, Jean-Louis Costes (28,71 %) et écarté celui du PS, Bernard Barral (23,69 %). Le voilà, à la veille du second tour, dimanche 23 juin, en mesure d'offrir au parti lepéniste un troisième siège à l'Assemblée.

> Lire aussi : Villeneuve-sur-Lot : duel UMP-FN au second tour, le PS éliminé

Bien téméraire celui qui se hasarderait à exclure cette hypothèse. Le "plafond de verre" auquel le FN était censé se heurter, qui l'empêcherait d'être un parti de second tour dans une élection au scrutin majoritaire, est en train de voler en éclats. Tel est l'enjeu de cette élection partielle, trois mois après celle de la 2e circonscription de l'Oise qui avait vu la candidate du FN frôler la barre des 50 %.

> Lire aussi : "Pour contrer le FN, l'UMP doit s'en distinguer ou faire alliance"

Etienne Bousquet-Cassagne, "EBC", a une carte de visite : il est le fils de son père. Serge Bousquet-Cassagne, figure emblématique de la Coordination rurale (CR) de Lot-et-Garonne, a été élu en février à la présidence de la chambre d'agriculture du département. Le père, avant le premier tour, a soutenu le candidat de l'UMP, "parce que c'est sa sensibilité", dit le fils. Depuis, il se contraint à observer "une stricte neutralité", mais se dit "très fier" de son rejeton. Outre Villeneuve-sur-Lot, la sous-préfecture dirigée pendant onze ans par Jérôme Cahuzac, le fiston a réalisé ses meilleurs scores dans les zones d'influence de la Coordination rurale.

Sur les marchés, dans les porte-à-porte, le "petit" est accueilli sans animosité aucune. Au contraire. Le soir du premier tour, il avait été salué, à son arrivée à la mairie de Villeneuve-sur-Lot, par les huées et les slogans des militants de gauche. On l'avait vu, l'espace d'un instant, se crisper. "Souris, c'est eux qui ont perdu", lui avait glissé Michel Guiniot, son poisson-pilote, le "M. Elections" du FN, membre du bureau politique, qui le suit comme son ombre. Instantanément, face aux caméras et aux appareils photo, il avait arboré ce sourire un peu figé qui lui donne des faux airs de l'ancien homme politique Jean Lecanuet, mâtiné de l'acteur américain Jim Carrey.

NE PAS SE FAIRE PIÉGER

Sur le marché de Sainte-Livrade-sur-Lot, creuset de plusieurs générations de rapatriés et de harkis ayant fui l'Afrique du Nord au début des années 1960, puis d'immigrés ayant fourni une abondante main-d'oeuvre dans ces exploitations agricoles qui, avant la mécanisation, en absorbaient en quantité, les effluves, la langue, les tenues vestimentaires de l'autre côté de la Méditerranée se fondent dans le paysage. Le jeune candidat du FN reste prudent dans son expression, soucieux de ne pas se faire piéger. "C'est le produit de l'immigration de main-d'oeuvre agricole, puis la pompe aspirante, le regroupement familial, les allocations familiales et tout ce qui s'ensuit", explique-t-il, toujours sur ses gardes.

Lui-même est fils de pied-noir par sa mère, née à Constantine, en Algérie, et a du sang kabyle par son grand-père, qu'il n'a jamais connu. "L'islam, ce n'est pas une religion comme les autres, affirme-t-il. C'est avant tout des revendications politico-religieuses, qui remettent en cause la laïcité de notre pays. Ce que nous voulons, c'est stopper l'islam conquérant."Puis il s'empresse de passer à autre chose, comme s'il sentait qu'il pourrait déraper sur ce terrain glissant.

Il incarne le choix du FN de promouvoir une nouvelle génération, beaucoup plus policée, sans aspérités. Adhérent depuis l'âge de 18 ans, dans la foulée de la dernière campagne présidentielle de Jean-Marie Le Pen, il a vite été repéré, promu responsable du FNJ puis bombardé secrétaire départemental en 2011. Il en est déjà à sa troisième campagne électorale. Aux cantonales, Etienne Bousquet-Cassagne avait réalisé 26,11 % et loupé le second tour de quelques voix. Cette fois, il y est et ne compte pas s'arrêter en si bon chemin.

Après des agressions de femmes voilées, des Argenteuillais dénoncent l'islamophobie 23.06.13 | 08:02 | Le Monde.fr Shahzad Abdul


Une manifestation a eu lieu à Argenteuil, samedi 22 juin, pour dénoncer l'islamophobie montante après des agressions de femmes voilées. AFP/JEAN-PIERRE MULLER

Moins de dix jours après l'agression à Argenteuil de Leila O., une jeune femme enceinte voilée, près d'un millier de personnes se sont réunies devant la sous-préfecture de la ville, samedi 22 juin, lors d'un rassemblement silencieux pour dénoncer l'"islamophobie montante", dans la ville comme dans le reste du pays.

La communauté musulmane d'Argenteuil s'était émue de cette agression suite à laquelle la femme de 21 ans a fait une fausse couche, quelques jours plus tard, sans que le lien entre les deux événements ne soit encore clairement établi.

>> Lire : Emoi à Argenteuil après des agressions de femmes voilées(édition abonnés)

Le 13 juin, Leila O. vient de raccrocher son téléphone portable lorsqu'elle est frappée par deux hommes. Elle pense d'abord être agressée pour un vol de portable. Elle décrit aux enquêteurs des hommes entre 20 et 30 ans, dont l'un d'un style "gothique", les cheveux ras. Ils lui arrachent son voile, coupent des mèches de cheveux, la rouent de coups, dont au moins un dans le ventre.

>> Lire aussi : Affrontements à Argenteuil après le contrôle d'une femme en niqab

Cette agression intervient trois semaines après celle de Rabia, une adolescente voilée, le 20 mai, dans la même ville. Elle aussi a déposé plainte pour agression, après s'être fait "tabassée à terre"par deux hommes qu'elle décrit comme des "skinheads" et qui l'ont insultée de "sale arabe" et "sale musulmane".

"ARGENTEUIL DEVIENT LE LABORATOIRE DE L'ISLAMOPHOBIE EN FRANCE"

Elle se produit aussi deux jours après des violences survenues, dans un autre registre, entre la police et plusieurs dizaines de personnes, lors du contrôle d'identité d'une femme portant le voile intégral, toujours à Argenteuil.

Lors d'une conférence de presse en marge du rassemblement, Kamel Raskallah, porte-parole du collectif des habitants d'Argenteuil et Bezons, créé suite à cette série d'événements, a dénoncé l'attitude des politiques, au premier rang desquels Manuel Valls, ministre de l'intérieur, et Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits de femmes, qui ont "brillé par leur silence". Pour lui, le caractère islamophobe des deux récentes agressions ne fait aucun doute, mais il regrette le "traitement politique inique" qui leur est réservé. "Pourtant, Argenteuil devient le laboratoire de l'islamophobie en France", relève-t-il.

Egalement présente lors du rassemblement qui s'est déroulé sans aucun incident, Rabia, l'adolescente de 17 ans agressée en mai, le visage maquillé encadré par son voile noir, a dénoncé l'attitude de la police qui lui a"demandé de ne pas informer la communauté de l'agression, parce que ça risque de créer des émeutes". Son père ajoute :"Comme on ne condamne jamais l'islamophobie, pour certains, c'est carte blanche ! Mais s'il n'y a pas de réponse de la part des autorités, on va être obligés de se protéger seuls".

Le rassemblement a réuni des personnes de tous horizons et de tous styles : barbes longues, visages glabres, voiles et robes. Devant la sous-préfecture d'Argenteuil, les riverains ont unanimement dénoncé une"atmosphère" islamophobe. Pour Pierre Mirsalis, un militant Front de Gauche de la ville, elle est "attisée par l'absence de réaction du gouvernement concernant les récentes agressions. Lorsqu'il y a eu des tirs sur la synagogue ici, il y a eu, à raison, des déclarations fortes. Alors, c'est normal, les gens ici se sentent mal aimés".

"Cela fait quelques années que j'habite ici, et on entend de plus en plus de propos injurieux envers les musulmans, concède également Karina Helary, 42 ans.Personnellement, je commence à avoir peur, à voir. tout ce qu'il se passe".

"S'IL Y EN A UN QUI PASSE SOUS MA FENETRE, JE LUI ENVOIE LE MAÏS"

Un sentiment que le préfet du Val d'Oise, Jean-Luc Nevache, comprend. Et même si les deux informations judiciaires ouvertes par le parquet de Pontoise, mercredi 19 juin, n'ont pas encore permis d'identifier les coupables des agressions, il affirme que "le maximum de moyens sont mis en oeuvre pour que l'enquête avance au plus vite".

Il en veut pour preuve le placement en garde à vue en début de semaine d'un Argenteuillais de 46 ans, présenté comme un déséquilibré, qui avait proféré des menaces islamophobes sur sa page Facebook. Il y avait écrit, en parlant des musulmans : "s'il y en a un qui passe sous ma fenêtre, je lui envoie le maïs". Lors de son arrestation, les enquêteurs avaient retrouvé chez lui des grenades à plâtre et un pistolet, notamment. L'homme a été relâché quelques heures plus tard avec un rappel à la loi, n'ayant aucun lien avec les agressions de femmes voilées."C'est la preuve que dès qu'on repère un acte islamophobe, on intervient. Il faut envoyer des signaux forts à la communauté musulmane : leur dire que les actes islamophobes sont aussi inacceptables que les actes antisémites, par exemple", précise le préfet.

Le collectif des habitants d'Argenteuil et Bezons, soutenu par plusieurs associations qui avaient également appelé au rassemblement, prévoit déjà d'autres manifestations, au niveau régional ou national, si aucune geste n'est fait. "Et pas seulement des invitations protocolaires pour calmer le jeu" dit Kamel Raskallah, faisant allusion à la réception jeudi 20 juin par le cabinet de Manuel Valls d'une des jeunes filles agressées. Avant de conclure, à la tribune, installée devant la sous-préfecture. "L'islamophobie en France existe. Et elle tue".

samedi 1 juin 2013

Marine Le Pen pourrait perdre son immunité parlementaire européenne 01.06.13 | 19:39 | Le Monde.fr avec AFP, AP et Reuters

Marine Le Pen pourrait perdre son immunité parlementaire, la commission des affaires juridiques du Parlement européen s'étant prononcée pour, samedi 1er juin, lors d'un vote à huis clos. Ce vote a valeur de recommandation. La décision finale sera prise le 11 juin à Strasbourg en session plénière, a précisé un porte-parole de l'institution.

Si la levée de son immunité est confirmée, la présidente du Front national, qui n'était pas présente à Strasbourg, pourrait faire l'objet de poursuites pour avoir établi un parallèle entre les "prières de rue"des musulmans et un état d'"occupation" lors d'un discours en 2010. Une demande de levée d'immunité avait été formulée par le ministère de la justice après un dépôt de plainte pour incitation à la haine raciale.

VOTE "ÉCRASANT"

Selon le correspondant de la BBC à la Commission, le vote de celle-ci pour recommander la levée de l'immunité a été "écrasant", et sa ratification par le Parlement ne devrait être "qu'une formalité".

Lors d'un discours à Lyon, en décembre 2010, celle qui était alors vice-présidente du FN avait fait cette comparaison hasardeuse, puis l'avait justifiée en affirmant que ses propos "ne constituent en aucune manière un dérapage, mais bien une analyse tout à fait réfléchie" fondée sur "une banale constatation d'une réalité physique et juridique". S'agissant du terme 'occupation', je persiste et je signe", et "ceux qui ont cru pouvoir déformer cette hyperbole, en indiquant que j'aurais comparé les musulmans aux nazis sont [...] des menteurs et des manipulateurs",avait-elle alors déclaré.

Le parquet de Lyon avait ouvert une enquête préliminaire pour"incitation à la haine raciale", après le dépôt d'une plainte du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP). Mme Le Pen avait ensuite affirmé que cette enquête avait été classée sans suite par le parquet. Mais une plainte avec constitution de partie civile pour "provocation à la discrimination, à la violence et à la haine envers un groupe de personnes en raison de leur religion", émanant cette fois du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), a déclenché l'ouverture d'une information judiciaire.

"LE DÉBAT POLITIQUE EST UN DROIT"

Florian Philippot, vice-président du FN, a fait valoir qu'il fallait "attendre le vote du Parlement". Il a toutefois jugé que ce serait inouï si Marine Le Pen perdait son immunité "pour avoir dit la vérité sur les prières de rue qui existent toujours""Si son immunité devait être levée, nous comptons sur la justice française pour dire que le débat politique est un droit et qu'on peut encore appeler un chat un chat", a-t-il ajouté.

Si Mme Le Pen perdait son immunité parlementaire, elle connaîtrait le même sort que son ancien rival pour la présidence du FN, Bruno Gollnisch. Ces dernières années, ce dernier, lui aussi député européen FN, s'était vu privé de son immunité parlementaire à deux reprises, après des propos qui avaient donné lieu à des poursuites en France. Cette procédure avait aussi touché Jean-Marie Le Pen en 1998, après ses propos, un an plus tôt à Munich, où il avait assimilé les chambres à gaz nazies à "un détail de l'histoire de la Seconde guerre mondiale".

mercredi 22 mai 2013

Les incidents continuent dans la banlieue de Stockholm 22.05.13 | 18:48 | Le Monde.fr

Le 21 mai à Husby, dans la banlieue de Stockholm.AFP/JONATHAN NACKSTRAND

Les incidents entre forces de l'ordre et jeunes se sont multipliés à Stockholm et dans sa banlieue dans la nuit de mardi à mercredi, pour la troisième nuit consécutive, amenant le premier ministre suédois à dénoncer des actes de"hooliganisme""Lors des vingt-quatre dernières heures, une trentaine de voitures ont été incendiées [...] dans la région capitale", a indiqué à l'AFP un porte-parole de la police de Stockholm, Kjell Lindgren.

Dans deux des banlieues les plus défavorisées, où la population d'origine immigrée est la plus forte, les fauteurs de troubles ont provoqué des incendies dans une école, à Skärholmen, et une crèche, à Husby, et ont lancé des pierres sur les pompiers et la police et sur leurs véhicules, a ajouté le porte-parole. A Husby, la police a arrêté un homme dans le cadre de l'enquête sur l'incendie d'un centre d'expression artistique.

Ces émeutes, qui ont éclaté dimanche soir à Husby, avant de se propager à d'autres endroits, du nord-ouest au sud de Stockholm, auraient été déclenchées par la mort, la semaine dernière, d'un homme de 69 ans abattu par des policiers qu'il aurait menacés avec une machette, mais la police affirme qu'elle n'est pas sûre d'un lien avec cette affaire. Au cours d'une conférence de presse, des militants locaux ont pour leur part prétendu que la police les avait traités de "vagabonds, de singes et de nègres".

"DU HOOLIGANISME"

Mercredi, le premier ministre, Fredrik Reinfeldt, a affirmé que"chacun [devait] prendre ses responsabilités pour rétablir le calme""Il est important de se rappeler que brûler la voiture de son voisin n'est pas un exemple de la liberté d'expression, c'est du hooliganisme", a-t-il déclaré à l'agence de presse suédoise TT.

Mardi, il avait attribué certains des problèmes des banlieues les plus pauvres à l'échec des politiques d'intégration des immigrés. Depuis l'entrée de l'extrême droite au Parlement en 2010, les questions d'immigration ont été de plus en plus présentes dans le débat public en Suède.

"La Suède est un pays qui reçoit de grands groupes d'autres pays. Je suis fier de cela", a déclaré le chef du gouvernement. Il a reconnu qu'il y avait "souvent une période de transition entre les différentes cultures", que le gouvernement cherchait à faciliter par l'amélioration de l'enseignement de la langue suédoise.

jeudi 16 mai 2013

AFP/ Incidents PSG: Marine Le Pen fait le lien avec l'échec de la politique d'immigration


Marine Le Pen, présidente du Front national, a attribué les violences de lundi soir à Paris, en marge de la fête du PSG, à "l'échec de la politique de l'immigration", les images de télévision ayant montré selon elle des casseurs "évidemment d'origine immigrée".

Marine Le Pen, présidente du Front national, a attribué les violences de lundi soir à Paris, en marge de la fête du PSG, à "l'échec de la politique de l'immigration", les images de télévision ayant montré selon elle des casseurs "évidemment d'origine immigrée".

"Le diagnostic, il est que nous sommes confrontés à l'échec de la politique d'immigration, c'est de cela dont il s'agit", a-t-elle déclaré mercredi à l'émission "Questions d'Info" (LCP/Le Monde/AFP/France Info).

Selon elle, "les casseurs étaient évidemment des délinquants d'origine immigrée, descendus des banlieues, pour effectuer des razzias, comme on en a vues par le passé". "Je me base sur les images que j'ai vues", a-t-elle argumenté.

Dès lundi soir, alors que la cérémonie de célébration du titre de champion de France de football du PSG donnait lieu à de violences et des dégradations dans le quartier du Trocadéro (XVIe), Marine Le Pen avait dénoncé "des déferlements de racailles", de "barbares qui n'ont rien à voir avec les supporters du club sportif". Bruno Gollnisch a mis en cause de son côté sur Twitter des "bandes ethniques".

Pour Mme Le Pen, "la réalité, c'est qu'il s'agit de casseurs de banlieue", et ces violences n'ont "rien à voir avec les supporteurs", a-t-elle insisté, "rien à voir avec les ultras, avec le PSG, et d'ailleurs, pas une seule personne qui a été arrêtée ne faisait partie de ces fameux ultras, sur lesquels, évidemment, tout le monde est tombé immédiatement". Le terme d'"ultras" désigne les supporters les plus violents du club parisien.

"Il s'agit d'un événement", comme "on a pu (en) voir depuis de nombreuses années, qui est la conséquence de l'échec de la politique d'intégration, et d'une immigration de masse, alliée à un laxisme d'État, depuis maintenant vingt ans", a asséné la présidente du parti d'extrême droite.

Au total une cinquantaine de personnes ont été interpellées depuis lundi soir, notamment à Paris, en Seine-Saint-Denis et dans le Val d'Oise. Douze d'entre elles devaient répondre mercredi après-midi en comparution immédiate devant le TGI de Paris de violences sur des policiers, dégradation de scooter ou vol en réunion. La plupart des gardés à vue sont "peu ou pas connus des services de police", faisait valoir mardi une source policière.

samedi 11 mai 2013

Belges en Syrie : l'ambivalence du maire d'Anvers 11.05.13 | 20:03 | Le Monde.fr Mathilde Carton

"Même pendant sa campagne, Bart de Wever n'a jamais visé une communauté en particulier", fait ainsi remarquer le politologue Dave Sinardet. Ce qui motive de Wever, c'est de montrer que les institutions belges ne fonctionnent pas. "En prenant des initiatives locales, en s'inscrivant sur le terrain, il montre en creux l'impuissance du gouvernement", pointe Dave Sinardet. En proposant des "initiatives sur mesure" et en affichant un discours modéré, Bart de Wever garde ainsi la main sur les élections régionales et législatives du printemps 2014.

vendredi 10 mai 2013

Pakistan : trois raisons d'espérer, et autant d'en désespérer 10.05.13 | 17:28 | Le Monde.fr Frédéric Bobin

A Karachi, le 5 mai. REUTERS/AKHTAR SOOMRO

Islamabad, envoyé spécial. C'est toujours la même métaphore : le verre à moitié plein et le verre à moitié vide. Ou disons plutôt en l'occurrence : le verre au quart plein et le verre au trois quarts vide. Le Pakistan ne manque pas d'avancées timides, de progrès silencieux et de percées souterraines mais ses maux sont si spectaculaires terrorisme, tradition prétorienne, corruption, mal-développement qu'on ne retient qu'eux à l'extérieur. L'image du Pakistan sur la scène internationale est désastreuse et il en est le premier responsable.

Et pourtant, à l'heure du bilan de cette campagne électorale pour les élections législatives du 11 mai, il est aussi un exercice auquel on peut s'adonner le coeur un peu plus léger : braquer le projecteur sur le quart-plein du verre. Le Pakistan, il faut l'écrire, ne se résume pas aux généraux et aux fous de Dieu, même si ces derniers sont là et bien là. Il existe même des raisons d'espérer du Pakistan. On peut en repérer trois. Le problème, c'est sûr, c'est qu'il en existe autant d'en désespérer. Mais commençons par espérer.

LA MATURATION DE L'ESPRIT DÉMOCRATIQUE

Cette élection doit être marquée d'une pierre blanche. Pour la première fois depuis la naissance du Pakistan en 1947, un gouvernement sortant, élu démocratiquement, aura achevé son mandat (cinq ans)  sans être délogé prématurément par un coup de force inspiré par l'armée  avant de transmettre le pouvoir dans des conditions constitutionnelles à un autre gouvernement élu. Cette transition sans rupture, balisée par la loi, est historique. Il convient de la saluer comme un progrès non négligeable. Elle ouvre la voie à l'enracinement de la temporalité démocratique dans un pays familier des discontinuités et des déchirures.

Bien sûr, la campagne a été ensanglantée par des attentats terroristes orchestrés par les talibans du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) à Karachi et dans la ceinture pachtoune frontalière de l'Afghanistan. L'intimidation ainsi exercée a miné la campagne dans de nombreuses localités du pays, les candidats visés (issus des partis laïcs) préférant ne pas convoquer des réunions électorales. Mais le sabotage des talibans, qui jette une épaisse ombre sur ces élections, ne doit pas faire perdre de vue le caractère inédit de la transition dans une perspective plus historique. Cette transition n'est pas le fruit du hasard. Elle n'a pu se produire que parce que la superstructure politique du pays, tirant les leçons d'un passé calamiteux, s'est comme réconciliée avec elle-même.

>> Lire aussi (en zone abonnés) :La rivalité sunnites-chiites au Pakistan, un des défis du futur premier ministre

Chose impensable il y a encore dix ans, les civils et les militaires apprennent à composer tandis que le gouvernement et l'opposition ne s'engagent plus dans des combats à la mort. Tel était pourtant le pathétique spectacle offert par le Pakistan dans les années 1990, la première décennie de son apprentissage de la démocratie. Chacun sait qu'il doit compter désormais avec un pouvoir judiciaire mordant et un paysage médiatique bouillonnant bien que versatile et non dénué de tentations vénales. Quand un pays compte autour de cinquante chaînes de télévision, dont une quinzaine d'information, il y a de l'espace pour la fermentation d'un esprit civique.

Des journalistes devant de domicile de Pervez Musharraf, le 19 avril à Islamabad. REUTERS/FAISAL MAHMOOD

L'ironie est que le maître-d'oeuvre de cette révolution médiatique est Pervez Musharraf lui-même, l'ex-général-dictateur qui avait déréglementé à partir de 2002 le secteur audiovisuel. Qu'un autocrate ait  à son insu  semé les graines d'une conscience démocratique au Pakistan résume sans nul doute la complexité de ce pays.

LE POUVOIR JUDICIAIRE À L'OFFENSIVE

C'est aussi sous l'ère Musharraf (1999-2008) qu'a mûri une autre révolution : l'affirmation du pouvoir judiciaire. En voulant mater en 2007 les velléités de résistance de la Cour suprême, en particulier celles de son président, le juge Iftikhar Chaudhry, le président Musharraf avait ouvert une boîte de Pandore dont les génies libérés ont fini par emporter son régime.

Depuis, la Cour suprême tient sa revanche, celle d'une institution qui s'était trop souvent compromise en cédant aux injonctions des militaires et en légitimant les putsch par la fameuse "doctrine de la nécessité". La voilà s'auto-érigeant en vigie ombrageuse de la Loi fondamentale. Elle a édicté que tout coup d'Etat serait désormais tenu pour anticonstitutionnel, un avertissement que les prétoriens ne peuvent pas ignorer.

Mais elle va beaucoup plus loin. Elle s'arroge le droit de superviser au quotidien le travail du pouvoir exécutif, émettant des avis sur le prix du sucre ou du gaz. Surtout, elle assiège le gouvernement d'enquêtes sur des scandales de corruption. Elle s'est ainsi "payé" en 2012 un premier ministre, Yusuf Raza Gilani, acculé à la démission pour ne pas avoir rendu possible une enquête sur le "compte suisse" du président Asif Ali Zardari, le veuf de Benazir Bhutto (assassinée fin 2007).

Le juge Chaudhry (dans la voiture à droite) quitte la Cour suprême entourée de ses partisans, le 16 mars 2007, à Islamabad, au Pakistan. AP/ANJUM NAVEED

Certains s'inquiètent de ce que ce réveil du pouvoir judiciaire va trop loin. "La Cour suprême empiète sur les domaines de compétences des pouvoirs exécutifs et législatif", déplore Mohammad Waseem, professeur de sciences politiques de la Lahore University of Management Sciences (LUMS). D'autres la soupçonnent de penchants idéologiques assez droitiers, en particulier en matière de conservatisme religieux. Les plus critiques trouveront même qu'une fois posée la limite aux coups d'Etat militaires, elle aura été finalement plutôt indulgente vis-à-vis de l'armée, mobilisant l'essentiel de son "activisme judiciaire" contre le Parti du peuple pakistanais (PPP) du clan Bhutto au pouvoir entre 2008 et 2013.

Quoi qu'il en soit, l'émergence de ce nouvel acteur impose des balises à un système qui n'en avait pas, ou bien peu. A ce jour, c'est plus un progrès qu'une régression, à condition bien sûr que l'"activisme" de la Cour suprême ne finisse pas par rompre l'équilibre des pouvoirs.

L'ARMÉE EN RETRAIT

Où sont donc passés les putschistes du Pakistan ? Là encore, il faut revenir à Musharraf pour comprendre l'effacement politique relatif de l'armée. L'institution militaire s'était tant déconsidérée dans la dérive autoritaire de l'ex général-président que ses chefs d'aujourd'hui ont entendu la leçon : il vaut mieux au fond diriger le pays dans les coulisses plutôt que de s'exposer sur les tréteaux de l'Etat, là où il n'y a que des coups à prendre. Ainsi, le successeur de M. Musharraf, le général Ashfaq Kayani, s'est-il bien gardé depuis 2008 de chercher à déstabiliser la présidence civile de M. Zardari, et ce bien que les tensions entre les deux hommes ou les deux entourages aient été parfois vives.

A Karachi, le 8 mai. AFP/ASIF HASSAN

L'armée reste la colonne vertébrale de l'Etat, rien n'a changé à ce niveau-là. Elle continue d'engloutir le tiers du budget de l'Etat  afin d'entretenir les privilèges de la caste des prétoriens  et fixe la doctrine des relations avec l'Inde, les Etats-Unis, la Chine, l'Afghanistan, bref les gros dossiers stratégiques du pays.

Mais elle a désormais l'intelligence de réfréner son aversion historique à l'égard d'une classe politique fustigée en privé  ou au travers de campagnes de presse téléguidées  comme "corrompue" et"incompétente". Tant que cette classe politique ne poussera pas l'audace jusqu'à vouloir s'attaquer au "disque dur" du système, l'armée se contentera de la superviser à distance, sans la torpiller. En gros, son degré d'"acceptibilité" des civils s'est relevé : c'est une différence majeure avec un long passé d'aventures putschistes. Tout se passe comme si un pacte de non agression mutuelle avait été de facto conclu. Cette pacification des relations entre l'armée et les civils a été décisive pour rendre possible la transition historique que connaît actuellement le Pakistan.

Tout n'est donc pas perdu au Pakistan. Il y a bel et bien des raisons d'espérer. Il serait pourtant mal avisé de verser dans une naïveté excessive. L'actualité est suffisamment sanglante pour dissuader de tout angélisme. Le quart plein reste encore bien modeste face aux trois quarts vides. Les raisons de désespérer du Pakistan sont toujours là. On en relèvera trois.

L'ISLAM RADICAL EN HÉRITAGE

L'affaire est déjà bien connue. Le défi posé par ces groupes extrémistes qui s'attaquent désormais à l'Etat pakistanais lui-même, après n'avoir été longtemps que des jouets de l'armée préréglés pour saigner l'Inde ou l'Afghanistan, est massif, gigantesque. Les talibans pachtounes du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), sous pression dans les zones tribales frontalière de l'Afghanistan, opèrent désormais ouvertement à Karachi, la capitale économique, en tirant parti des nouveaux équilibres ethno-démographiques de la mégapole. Une autre menace est la permanence des violences de type confessionnel visant la minorité chiite (20% de la population). Des groupes comme le Ahle Sunnat Wal Jamaat  mouvance dont sont issues les milices de tueurs anti-chiites  ont pignon sur rue dans leur berceau du Pendjab.

 

S'il devient premier ministre au lendemain du scrutin du 11 mai, Nawaz Sharif, le chef du parti Pakistan Muslim League Nawaz (PML-N) donné favori dans les sondages, aura fort à faire avec ces groupes sunnites ultra, vraisemblablement financés par des bailleurs d'Arabie Saoudite. Parti dirigeant la province du Pendjab, la PML-N les avait jusque-là tolérés, passant même des arrangements implicites avec eux, afin d'acheter la paix civile provinciale. Ces groupes avaient en effet épargné le Pendjab tout en envoyant leurs commandos semer la mort à Karachi (Sind) ou à Quetta (Baloutchistan).

Compte-tenu de ses compromissions passées, Nawaz Sharif osera-t-il les museler au risque d'enflammer son bastion du Pendjab ? Le dilemme est explosif. Mais là ne s'arrête pas le danger. La menace que fait peser la montée de l'islam radical sur les valeurs démocratiques et laïques au Pakistan va bien au-delà de ces organisations terroristes. Elle est infiniment plus large. Car une frange significative de la société pakistanaise est elle-même gagnée par ces crispations islamistes. La frontière entre l'idéologie professée par les extrémistes et la majorité du corps social, voire de la classe politique, est parfois poreuse. On l'a bien vu lors de l'assassinat début 2011 de l'ex-gourverneur du Pendjab, Salman Taseer, tué par son garde du corps pour avoir pris la défense d'une villageoise chrétienne condamnée à mort pour"blasphème". L'assassin a reçu le soutien de larges secteurs de la société pakistanaise, y compris  et c'est le plus inquiétant  des milieux soufis traditionnellement plus éclairés et tolérants. La confrérie des avocats, ancienne avant-garde dans la lutte contre la "dictature" de Muharraf, l'a même arrosé de pétales de rose à son arrivée au tribunal.

Dans la banlieue d' Islamabad, le 8 mai. En haut, une affiche en faveur d'Imran Khan. AP/MUHAMMED MUHEISEN

L'autre symptôme de cette normalisation d'une vision de plus en plus orthodoxe de l'islam est la popularité de l'homme politique Imran Khan, la "troisième force"  entre le PPP du clan Bhutto et la PML-N de Nawaz Sharif  qui promet de créer la surprise le 11 mai. Ex-star de cricket et jetsetter londonien repenti, M. Khan est un "muslim new born" ayant redécouvert le Coran sur le tard. Les libéraux pakistanais, de plus en plus minoritaires au Pakistan, lui reprochent de rester pour le moins discrets à l'égard du terrorisme des talibans. Imran Khan illustre mieux que quiconque l'infusion de cette nouvelle idéologie religieuse dans la classe moyenne urbaine, en particulier au sein de la jeunesse.

L'OMBRE DES OFFICINES

L'armée a beau brider ses tentations putschistes, elle n'en continue pas moins à pêcher en eaux troubles et à s'adonner à des jeux obscurs. Ses services de renseignement sont toujours à l'oeuvre pour activer des réseaux occultes opérant en Inde, en Afghanistan ou ailleurs. La guerre est certes engagée  sans toutefois être totale  avec les talibans du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), ces combattants pachtounes issus de la ceinture tribale frontalière de l'Afghanistan qui attaquent désormais frontalement l'Etat pakistanais, accusé de "collaborer"avec les Américains dans la"guerre contre la terreur".

Mais les services de renseignements d'Islamabad continuent de cultiver des relations instrumentales avec les talibans afghans hébergés sur le sol pakistanais ainsi qu'avec d'autres groupes de talibans  pakistanais ceux-là  du Nord Waziristan dont l'agenda se limite à frapper les forces du régime de Kaboul ou les troupes de l'OTAN demeurant impliquée sur le théâtre afghan. Cette différence de traitement entre les "mauvais talibans" (à éliminer), coupables de s'attaquer aux intérêts pakistanais, et les "bons talibans" (à ménager) n'opérant qu'en Afghanistan, n'a pas disparu.

Une manifestation, à Kandahar, en Afghanistan, contre l'Inter-Services Intelligence, le service de renseignement pakistanais. AP/ALLAUDDIN KHAN

Elle continue d'inspirer la duplicité de l'attitude d'Islamabad à l'égard des groupes djihadistes. De la même manière, le groupe pendjabi Lashkar-e-Taïba (LeT), accusé par les Indiens d'être à l'origine de l'attaque terroriste sur Bombay en novembre 2008 (166 morts), a pignon sur rue à Lahore. Tous ces groupes restent en réserve de la stratégie régionale du Pakistan. En fonction de l'évolution de la situation politico-militaire en Afghanistan et de l'impact que celle-ci pourrait avoir au Cachemire indien, ils pourront être activés ou désactivés, selon les impératifs géopolitiques du moment de l'armée pakistanaise. Ce faisant, les officiers de Rawalpindi  siège de l'état-major à proximité d'Islamabad  contribuent à légitimer des organisations dont l'influence est plus que nocive sur l'enracinement de la démocratie au Pakistan.

LA MAUVAISE GOUVERNANCE

L'absence souvent pathétique de l'Etat sur les terrains sociaux  santé, éducation  sur fond de justice dysfonctionnelle et de corruption généralisée à tous les échelons de l'administration n'incite guère à l'optimisme. Si le Pakistan n'est pas un "Etat failli" au sens somalien du terme, la mauvaise gouvernance ouvre des vides et des brèches qui sont précisément comblés par des organisations islamistes, lesquelles finissent par s'imposer comme des mini-Etats dans l'Etat. Le Lashkar-e-Taïba (LeT) doit une partie de son enracinement, outre à son éventuelle séduction idéologique, à sa capacité à développer des réseaux efficaces d'écoles et d'hôpitaux. Les 10 000  au moins  madrasas (écoles coraniques) que compte aujourd'hui le Pakistan remplissent des fonctions éducatives et de prise en charge de la jeunesse populaire dont l'Etat est devenu incapable.

Lors d'une séance de vaccination contre la rougeole, par un volontaire de la Jamaat-ud-Dawwa, une fondation de charité islamique, à Lahore. AP/K.M. CHAUDARY

Tant que les élites politiques et sociales n'assumeront pas leurs responsabilités, en commençant par exemple par payer des impôts, la quasi-banqueroute de l'Etat pakistanais  ce dernier n'en finit pas de quémander des prêts au Fonds monétaire international ou à la Banque mondiale  continuera de borner l'horizon du pays. Selon un homme d'affaires, 90% des chefs d'entreprise au Pakistan déclarent à peine 50% de leurs revenus. Le chiffre en dit long sur le détournement des ressources de la nation au profit d'une oligarchie  politique, militaire, industrielle, foncière  livrant à elles-mêmes des classes populaires prêtes à toutes les aventures sur fond d'explosion démographique (de 180 millions d'habitants aujourd'hui, la population pourrait passer en 2050 à 270 millions, voire à 323 millions, selon les scénarios). Le quart plein du verre pakistanais n'est pas encore prêt à se remplir d'avantage.