mardi 11 janvier 2011

Point de vue Les musulmans de France sont bien intégrés à la société

| 10.01.11 | 13h37 • Mis à jour le 10.01.11 | 13h37


Hypocondriaque, ou réellement malade, et même gravement ? Régulièrement, la France a la fièvre et gémit : si elle souffre, c'est la faute aux étrangers. Plus précisément, aux musulmans - qui, paraît-il, ne s'"intègrent" pas et, pis, menacent l'"identité nationale".

Mais que signifie ce diagnostic ? Qu'est-ce qu'un musulman "intégré" ? Un musulman qui parle le français ? C'est le cas de la majorité, qui le parle fort bien, et bien mieux que le président de la République. Un musulman qui boit l'apéro ? Il y en a, comme il y a des Français qui n'en boivent pas. Un musulman qui mange du porc ? Mais bien des Français préfèrent le poulet ou le poisson. Un musulman monogame ? Mais quasiment tous le sont, et de nombreux Français sont officieusement bi- ou trigames, sinon plus...

Arrêtons cet inventaire absurde : l'intégration n'est qu'un pseudo-concept, ou un concept-prétexte, qui dit autre chose que ce qu'il semble dire. Et quelque chose que, de nos jours, il n'est pas plaisant, il est même dangereux d'avouer : le racisme est un délit. Alors, autant jouer sur les mots, ou avec, et parler d'intégration, ou de non-intégration : une façon, socialement acceptable et politiquement correcte, d'exprimer son rejet de l'autre. Son racisme.

Même surdiplômé et "bien sous tous rapports", un musulman reste en effet un musulman et, si aucune bizarrerie ne révèle cette "musulmanité", elle est quand même là, en lui, invisible, certes, mais capable, on ne sait jamais, de se manifester : quand on s'appelle Mustapha Kessous, un journaliste du Monde, on n'est pas vraiment "intégré". Ni "intégrable". Et même si l'on sort de Sciences Po, on a du mal à se faire embaucher.

Reprocher aux musulmans de n'être pas, ou pas assez, intégrés n'a qu'un sens : c'est leur reprocher d'être ce qu'ils sont. Et d'être de trop chez nous. Le rejet des musulmans n'est qu'une variante, la variante actuelle, d'une constante nationale : le rejet de l'étranger, que Montaigne, il y a plus de quatre siècles, dénonçait déjà.

Un étranger qu'ont représenté les Noirs - longtemps interdits de séjour en "douce France", les Russes ("Grattez le Russe, vous trouvez le Tatar", fait dire Dostoïevski aux Français), les Polonais, auxquels les Lillois et autres "nordiques" reprochaient de n'être pas de "vrais" catholiques, les juifs, expédiés à Auschwitz, les musulmans, confinés dans des cités poubelles : tout au long de leur histoire, les Français, comme bien d'autres peuples, évidemment, se sont inventé des boucs émissaires qu'ils accusaient de tous les maux et badigeonnaient de leurs fantasmes.

Parmi ces fantasmes : cette "menace" que les musulmans, assure-t-on, font peser sur "nos valeurs". Mais là encore, lesquelles ? On est ici en plein déni. Et en pleine projection.

Déni : "Liberté, Egalité, Fraternité" ne sont jamais descendues du frontispice des mairies et moins que jamais elles n'informent ni ne structurent les réalités de la société française. La liberté reste celle du renard dans le poulailler, l'écart ne cesse de croître entre riches et pauvres, de plus en plus de citoyens perdent logement et travail, les classes moyennes ne cessent de s'appauvrir et l'école n'a qu'une fonction : dégager une élite, en laissant en friche des centaines de milliers de potentialités.

La laïcité bat de l'aile : un curé est mieux placé qu'un instituteur, déclare le président de la République, pour former la conscience des enfants, et la fraternité n'a jamais été qu'un beau rêve. Nos valeurs menacées par les musulmans ? Mais nous sommes les premiers à les bafouer !

Quant au non-respect des femmes, qu'on leur reproche souvent par projection inconsciente, c'est d'abord notre société qu'il convient d'accuser. Une société toujours très patriarcale, profondément conservatrice et machiste, qui tient la majorité des femmes à la lisière des postes de direction et de représentation.

Pis, une société incapable de les protéger : chaque jour, 200 femmes sont violées (654 000 en 2010, soit 25 % de plus qu'en 2009), tous les deux jours et demi, une femme meurt d'avoir été battue. Plutôt que de le reconnaître et, surtout, de mettre en oeuvre une politique qui protège la vie - le droit à la vie - et l'intégrité de la moitié de la population française, on part en guerre contre la burqa !

S'indigner, comme le demande Stéphane Hessel ? Sans doute. Et dénoncer. Et s'insurger. Mais, dans l'aboulie générale qui caractérise cette société, où, "à droite comme à gauche, l'enjeu est de servir les droits acquis plutôt que de développer ceux de demain", il est peu probable que se dissipent bientôt les fantasmes à travers lesquels on perçoit les musulmans et à cause desquels on s'interdit de comprendre à quel point la plupart d'entre eux sont parfaitement intégrés dans la société française.

Maurice T. Maschino, journaliste-écrivain

vendredi 7 janvier 2011

Point de vue Il faut lever les tabous sur l'islam

LEMONDE.FR | 03.01.11 | 10h43

A l'occasion des difficultés de l'islam en Europe (le dernier exemple étant la question des prières sur la voie publique), on s'aperçoit que le débat n'est déjà plus possible, comme s'il était déjà posé qu'évoquer ces problèmes était le propre de mauvaises gens (de droite, d'extrême-droite, ou apolitiques, etc.) qui en parlent parce que c'est leur symptôme, et qu'en fait il n'y a pas de problème pour les gens sains que nous sommes. Du coup, impossible de lire l'événement, de le décoder.
Un journaliste raconte un meeting de laïcs où on lui dit que des policiers se déguisent en juifs pour arrêter les musulmans qui les agressent ; alors il questionne : "C'est quoi, se déguiser en juif ?", et il obtient la réponse stupide qu'il veut : "Il n'y a qu'à mettre un chapeau et un manteau noir!" Or chacun sait ce qu'est un juif "visible", en banlieue, et déjà dans le XIXe ou le XXe arrondissement : il peut porter ou non une kippa, être grand blond ou petit brun ; il peut se faire attaquer (il peut même se faire "déconseiller" de s'inscrire dans un établissement public car la direction ne peut pas assurer sa sécurité. On n'en dit rien car cela relève déjà d'un silence d'ou d'un renoncement antérieur…). De même pour les prières massives sur la voie publique, puisque c'est l'extrême droite qui en parle, c'est qu'elles relèvent de ses obsessions. Pourtant, des laïcs débonnaires vous diront que si la laïcité protège les gens dans leur religion, elle protège aussi l'espace public contre l'empiétement des religions. C'est en tout cas son travail.

Je sais, par ma pratique, que la pensée est sous-tendue par des affects ; mais de là à ce qu'une pensée ou une idée ou une question soit écartée du fait que des gens que l'on n'aime pas l'ont touchée du doigt, et l'ont pour ainsi dire contaminée, il y a de quoi s'inquiéter. Ou de quoi se demander quelle grosse culpabilité est en jeu (car c'est souvent cela qui impose le tabou là où il y aurait de quoi penser et inventer). Et ce tabou devient risible tant on en parle. Ainsi, certains disent que dans l'islam les femmes et les homos sont maltraités ; "Mais nous, est-ce qu'on les traite mieux ? Franchement ? Non ? Alors…" Alors, il n'y a plus de problème. Ou encore, d'aucuns disent : l'islam n'a pas fait la séparation entre pouvoir politique et religion ; "Et nous ? Depuis quand l'avons-nous faite ? Depuis quelques siècles ? C'est quoi, quelques siècles ?…" Pas grand chose… Allez, encore un problème en moins. On "se remet en question" devant l'homme démuni supposé inférieur ; le tout dopé par la culpabilité de la Shoah (où expulser de gens, c'est comme les déporter, les envoyer à Auschwitz). Tout ce paquet de culpabilité, qui est surtout le fait des élites, est vécu à l'occasion de l'islam, ou consommé sur son dos., on brandit les extrémistes et cela supprime les problèmes que l'on a avec l'autre. Ce qu'on y gagne est douteux, mais qu'est-ce qu'on paie ? Quelle culpabilité ? Celle du colonialisme ? Très peu en ont profité ; outre que c'est un peu loin ; est-ce la vindicte envers ses parents qui n'ont pas été "bien" ? C'est peut-être plus profond. Il y a la culpabilité "humaniste", celle de l'européen qui est sûr d'être supérieur et qui "trouve ça profondément injuste" ; doublée d'une culpabilité "chrétienne".

CULPABILITÉ ET REFOULEMENT

Or cela se complique parce qu'en face, il y a aussi un paquet de culpabilité, plus refoulée, mais que les "jeunes", inconscients comme ils sont, expriment ou passent à l'acte. Il y a une souffrance chez ces jeunes beurs violents qui ignorent que par leur acte ils paient une dette à leur tradition ancestrale que leurs parents ont mise de côté par impuissance, et qu'ils font vivre, eux, par des "mini-jihads maison", en agissant ce qu'ils entendent ou qu'ils décodent dans leur famille comme discours sur les "juifs" et les "chrétiens", dans le fil de cette tradition non-relookée. Parfois, les parents eux-mêmes souffrent de prolonger, par routine, ce qui dans leur tradition est assez hostile aux autres, comme s'ils honoraient là une dette inquestionnable. La réalité les invite à la questionner, et c'est très difficile. Ils savent comme tout un chacun, plus ou moins consciemment, que les livres fondateurs fonctionnent aussi comme des textes identitaires, au-delà ou en marge de toute croyance religieuse. Et là, tout se passe comme si beaucoup de musulmans appréhendaient que leur livre fondateur fût le seul à fustiger des peuples vivants et actuels, notamment les chrétiens et les juifs ; comme s'ils savaient que les autres savaient, que ça ne devait pas se dire mais que chacun n'en pense pas moins, et gamberge d'autant plus fort qu'il n'y a jamais eu de mots là-dessus, ni d'explication (Des responsables musulmans, même sans être interpellés se défendent en arguant que "La Bible aussi est très violente ! " C'est vrai, elle est violente, surtout envers les siens, mais elle ne fustige aucun des peuples actuels, et pour cause, elle les précède). En tout cas, il s'ensuit chez eux une culpabilité, dont le refoulement est cher payé dans les faits, et ne peut que craquer un jour ou l'autre.

On a donc deux culpabilités face à face, avec interdit de parler. Comme blocage, on ne fait pas mieux. D'où ces effets aberrants : on nous prévient qu'en parler risque de faire le jeu de ceux-ci, surtout si ceux-là s'en mêlent. Pour plus de sûreté, il ne faut faire le jeu de personne ; et l'on se retrouve à jouer tout seul, sous le regard narquois du réel.

Or si ce qui touche à l'islam devient tabou, ce sont surtout les musulmans qui en souffrent, du côté du convivial, de l'être-avec. Souffrance de dire son nom au téléphone pour une recherche d'emploi, et d'entendre le silence de l'autre, même s'il est de bonne foi il ne veut pas de "problème" ; et l'emploi est déjà pris. Celle de voir que ceux-là même qui dénoncent l'islamophobie, c'est-à-dire la peur de l'islam, la provoquent soigneusement, par des menaces ou des violences. Celle de se sentir pris en otage par les fondamentalistes, alors que ce qu'on veut c'est vivre avec les autres, tous les autres, sans devoir rendre compte des actes extrémistes, qu'on désavoue mais qu'on ne peut pas dénoncer sans être pris pour un traître et menacé à son tour. On doit donc ravaler son silence, qui rejoint l'autre Silence, dans la même amertume.

Tout doit rester dans le non-dit ; et c'est cette exigence (perçue comme de santé mentale) qui a poussé nos élites zélées à poser et imposer que quiconque "touche" à l'islam est un "facho" ; la preuve c'est que les fachos sont très enclins à y toucher… Mais le refoulement n'empêche pas l'inconscient de "travailler". Prenez l'exemple des minarets, pourquoi feraient-ils question ? Il faut bien des lieux de culte. Or tout se passe comme si ça se savait, sans que ce soit dit, qu'en terre d'islam il était interdit depuis toujours d'élever un bâtiment qui ne soit pas au-dessous des bâtiments musulmans, a fortiori moins haut que les mosquées. Est-ce cette trace dans l'inconscient qui fait que beaucoup, en toute bonne foi, ne veulent pas de minaret, mais admettent sans problème qu'il y ait des lieux de culte musulmans et que ceux-ci se cotisent pour louer de grands espaces (gymnases, etc.) pour les prières en attendant de construire ? En somme, faut-il attendre que des provocateurs soulèvent les problèmes pour enfin… ne pas les aborder ? Pendant ce temps, l'effort du refoulement alimente la souffrance des principaux intéressés, des femmes, des gays, des juifs, des musulmans, qui veulent seulement "vivre avec" et ne se sentent coupables de rien ; tout juste redevables et désireux d'une certaine mise au point, très simple, que des gribouilles en tout genre veulent coûte que coûte empêcher. On ne peut pas changer les textes, mais on peut transformer le rapport qu'on a avec ; tout comme on ne change pas son passé mais le regard qu'on a sur lui.



Daniel Sibony a publié le roman Marrakech, le départ (Odile Jacob, 2009) et Les sens du rire et de l'humour (Odile Jacob, 2010).

Daniel Sibony, psychanalyste et écrivain

En Allemagne, la thématique anti-islam fait politiquement recette

Le Monde | 04.01.11 | 13h53

BERLIN CORRESPONDANT - Selon une étude réalisée pour l'université de Münster en décembre 2010 dans cinq pays européens (Allemagne, France, Pays-Bas, Portugal et Danemark), ce sont les Allemands qui ont l'opinion la plus négative sur les musulmans. D'après cette enquête menée auprès de 1 000 personnes dans chacun des pays par l'institut TNS Emnid, un tiers seulement des Allemands ont une opinion positive des musulmans, contre 56 % des Français et 62 % des Néerlandais. Plus de la moitié des Allemands associent l'islam à la discrimination contre les femmes, au fanatisme et à l'intolérance. Detlef Pollack, le sociologue auteur de ce travail, note que les résultats sont pires à l'est qu'à l'ouest de l'Allemagne. Pour lui, "plus vous fréquentez les musulmans, plus votre opinion tend à être positive".
Les résultats de cette enquête ont été indirectement corroborés par le succès phénoménal du livre de Thilo Sarrazin, Deutschland schafft sich ab ("L'Allemagne court à sa perte"), publié début septembre 2010. En quatre mois, cet ouvrage qui décrit une Allemagne condamnée au déclin en raison du poids pris par les musulmans, pauvres et donc, selon lui, moins intelligents, s'est vendu à plus de 1,2 million d'exemplaires.

2,5 millions de Turcs

D'abord condamnées par la quasi-totalité de la classe politique, ses thèses ont néanmoins été bien accueillies par une partie de l'opinion, incitant les dirigeants à nuancer leurs propos. Après avoir critiqué ce livre, la chancelière, Angela Merkel, a estimé que le multiculturalisme "avait échoué". Le président de la République, Christian Wulff, lui aussi membre de la CDU, a suscité un tollé à droite en affirmant que "l'islam fait partie de l'Allemagne". Le SPD, dont Thilo Sarrazin est membre, a de son côté les plus grandes difficultés à l'exclure de ses rangs, comme le souhaitait à l'origine Sigmar Gabriel, président du parti.

Alors que l'Allemagne compte 15,4 millions de personnes immigrées ou dont un des parents est immigré, le débat porte essentiellement sur les 2,5 millions de Turcs. Les critiques insistent sur leur méconnaissance de la langue allemande, une réalité exacerbée par le manque de places pour accueillir les plus jeunes dans les crèches et les jardins d'enfants.

Ce débat pourrait provoquer la naissance d'un parti anti-musulman, à la droite des chrétiens-démocrates. C'est en tout cas ce qu'essaie de faire René Stadtkewitz, un ancien responsable berlinois de la CDU qui vient de créer un groupuscule "La Liberté", s'inspirant du leader populiste néerlandais Geert Wilders. Tous les experts politiques jugent qu'il y a là un créneau mais qu'aucun leader n'est jusqu'à présent capable de l'exploiter.

Frédéric Lemaître
Article paru dans l'édition du 05.01.11

Islam : Nicolas Sarkozy met en garde contre la "défiance"

Le Monde.fr | 07.01.11 | 13h28 • Mis à jour le 07.01.11 | 14h37

C'est dans un contexte géopolitique particulier et alors que les polémiques sur la place des religions dans l'espace public reviennent de manière récurrente dans le débat politique français, que le président de la République, Nicolas Sarkozy, a présenté, vendredi 7 janvier, ses vœux aux autorités religieuses.
Invités exceptionnels de cette cérémonie traditionnelle, les représentants des Eglises d'Orient, et notamment les responsables de la communauté copte, ont été l'objet d'un long et fort hommage de M. Sarkozy, une semaine tout juste après l'attentat qui a coûté la vie à 23 fidèles dans une église d'Alexandrie en Egypte. Il leur a présenté ses "condoléances personnelles et celles de la France".

Evoquant également les attentats qui endeuillent régulièrement les communautés chrétiennes de Bagdad en Irak, le chef de l'Etat a estimé que ces victimes étaient "nos martyrs". "Ils sont les martyrs de la liberté de conscience", a-t-il ajouté, rappelant aux responsables religieux que "la France condamne ces crimes avec la plus grande fermeté et qu'elle les condamnera depuis toutes les tribunes que lui offrent le droit international et son rang dans le monde".

Sans évoquer explicitement le supposé choc des cultures entre l'Orient et l'Occident, M. Sarkozy a estimé que "le sort des chrétiens d'Orient symbolise les enjeux du monde globalisé dans lequel nous sommes entrés, irréversiblement". "Nous ne pouvons pas accepter que cette diversité humaine, culturelle et religieuse qui est la norme en France, en Europe, disparaisse de cette partie du monde. Les droits qui sont garantis chez nous à toutes les religions doivent être réciproquement garantis dans les autres pays". "La liberté de culte et la liberté de conscience sont consubstantielles à la démocratie", a-t-il rappelé.

NE PAS S'ENFERMER "DANS L'AMALGAME"

Saluant le "rejet massif" par le monde musulman et les responsables de l'islam en France des attaques antichrétiennes, M. Sarkozy s'est néanmoins inquiété des conséquences de tels "massacres" sur les opinions occidentales. Le fait que l'islam soit considéré comme une "menace pour leur identité" par quelque 40% des Français et des Allemands, selon un sondage IFOP, publié par Le Monde, le "préoccupe".

"L'islam n'a évidemment rien à voir avec la face hideuse de ces fous de Dieu", a-t-il martelé, rappelant "l'accueil et la protection" accordés au cours de l'histoire par le monde musulman aux "gens du Livre". "Si telle religion est irrationnellement perçue, chez nous, comme une menace, nous devons combattre cette réaction irrationnelle par la connaissance mutuelle", condition pour que "les opinions occidentales ne s'enferment pas dans la défiance, dans la peur et dans l'amalgame".

En décembre 2009, M. Sarkozy, dans les colonnes du Monde, et en plein débat sur l'identité nationale, largement réduit à la place de l'islam dans la société française, reconnaissait l'existence d'une "sourde menace" que les gens "à tort ou à raison" sentaient peser sur leur identité.

"UN DIALOGUE PERMANENT AVEC LES RELIGIONS"

Sans jamais employer le terme de "laïcité positive", théorisée au début de son quinquennat, le chef de l'Etat a aussi, devant les responsables religieux, redit sa conception de ce principe républicain et du rôle des religions dans le débat public, estimant notamment que les croyants ne devaient pas être enfermés "dans leurs églises, leurs synagogues, leurs temples ou leurs mosquées".

"Une République laïque entretient un dialogue permanent avec les religions, de façon à les entendre et parfois, pourquoi pas à les écouter." Même si, précise-t-il, "la République ne laissera jamais aucune religion lui imposer sa loi".

Assumant sans la citer la loi interdisant le port du voile intégral, M. Sarkozy estime que la République doit en revanche intervenir "lorsque des pratiques, présentées souvent à tort comme religieuses portent atteinte à d'autres principes démocratiques". Il évoque enfin sans s'appesantir le paradoxe qui entoure la question de la construction des lieux de culte musulman et les récentes polémiques soulevées par Marine Le Pen sur "les prières de rue". "La République ne peut pas accepter qu'une religion investisse l'espace public sans son autorisation mais cela implique que la République tienne ses promesses en permettant que chacun puisse prier dans des lieux dignes", a-t-il indiqué, sans rappeler que la loi de 1905 interdit de subventionner les cultes.

Stéphanie Le Bars

Les cultes unis contre les violences antichrétiennes
Créée en novembre 2010, la Conférence des responsables de culte en France, reçue vendredi 7 janvier par Nicolas Sarkozy, a condamné "avec la plus grande vigueur les attentats" antichrétiens de Bagdad et d’Alexandrie. "Ces violences faites 'au nom de Dieu' contre d’autres croyants ne blessent pas seulement une religion mais l’humanité tout entière", soulignent les responsables chrétiens, juifs, musulmans et bouddhistes. "Nul ne peut se prévaloir des religions que nous représentons pour légitimer des violences, poursuivent-ils. Nous encourageons les fidèles à résister au repli et à la peur. Nous ne voulons pas que la religion soit instrumentalisée."
Article paru dans l'édition du 08.01.11

mardi 4 janvier 2011

L'islam est considéré comme une menace par 40% des Français et des Allemands

LE MONDE | 04.01.11 | 13h12 • Mis à jour le 04.01.11 | 13h37

Banalisation du discours sur les dangers de l'"islamisation" porté par une partie des droites européennes? Effets des analyses des dirigeants français et allemands sur l'échec de l'intégration des populations immigrées ? Dernier avatar du débat sur l'identité nationale ? Poussée réelle des revendications religieuses ? Tout ou partie de ce cocktail semble avoir convaincu une partie des opinions publiques française et allemande de la difficile intégration de l'islam et des musulmans dans leur société respective.

Ce jugement apparaît clairement dans un sondage de l'IFOP réalisé du 3 au 9 décembre 2010 dans les deux pays et publié en exclusivité par Le Monde. Alors que 42% des Français et 40% des Allemands considèrent la présence d'une communauté musulmane comme "une menace" pour l'identité de leur pays, 68% et 75% estiment que les musulmans ne sont "pas bien intégrés dans la société".

Au-delà du constat, relayé récemment par les discours des responsables politiques, les raisons avancées pour expliquer cet échec débordent les explications socio-économiques généralement admises, illustrant une cristallisation sur les différences culturelles et confessionnelles.

CRISPATION DES OPINIONS

Ainsi, 61% des Français (67% des Allemands) qui estiment que les musulmans ne sont pas intégrés mettent tout d'abord en avant "leur refus" de le faire, puis "les trop fortes différences culturelles" (40% pour la France, 34% pour l'Allemagne), avant le phénomène de ghettos (37% ; 32%) ou les difficultés économiques (20% ; 10%).

Le "racisme et le manque d'ouverture de certains Français-Allemands" sont avancés par 18% des premiers, 15% des seconds. "Malgré une histoire coloniale différente, une immigration différente et des modes d'intégration différents, il est frappant de relever que le constat, dur et massif, est le même dans les deux pays, souligne Jérôme Fourquet, de l'IFOP. On passe en outre d'un lien entre immigration et sécurité ou immigration et chômage au lien entre islam et menace identitaire."

L'installation durable de l'islam dans les pays européens et sa visibilité accrue vont clairement de pair avec une crispation des opinions publiques, même si des clivages apparaissent entre jeunes et personnes âgées et entre électeurs de droite et de gauche. Globalement, en 2010, 31% des Français associent en premier lieu l'islam au "rejet des valeurs occidentales", alors qu'ils n'étaient que 12% dans ce cas en 1994 et 17% en 2001. Par le passé, "fanatisme" et "soumission" étaient les mots les plus massivement associés à l'islam.

DÉBAT SUR LE FOULARD

La question du voile islamique montre l'importance prise par la visibilité de l'islam dans le débat public. Aujourd'hui, 59% des Français sont opposés au port du foulard par les musulmanes dans la rue et seuls 32% se disent "indifférents" ; un chiffre en forte baisse par rapport aux vingt dernières années, au cours desquelles 55% des personnes sondées affichaient leur indifférence à cette question.
Les positions face à l'édification de mosquées connaissent depuis une dizaine d'années une évolution similaire : 39% des Français s'y disent opposés en 2010, contre 22% en 2001. Mais surtout, alors que près d'un Français sur deux était "indifférent" (46%) à cette question en 2001, ils ne sont plus que 34% aujourd'hui dans ce cas.

Moins marqués par la laïcité et la neutralité religieuse dans l'espace public, les Allemands se montrent plus indifférents au port du voile islamique dans la rue (45%). De même, 44% d'entre eux ne sont pas hostiles à des partis politiques ou des syndicats se référant à l'islam, contre 14% des Français. Les proportions sont en revanche comparables face à l'éventualité d'élire "un maire d'origine musulmane": 52% de Français et 49% d'Allemands n'y sont "pas hostiles", un chiffre en progression constante depuis vingt ans en France.

Les évolutions de l'opinion publique française ont, pour l'anthropologue Dounia Bouzar, un lien logique avec les discours politiques actuels. "Les responsables politiques, à droite comme à gauche, valident la définition de l'islam portée par les radicaux de tous bords ; l'apogée ayant été atteint avec la loi sur le voile intégral", explique la chercheuse qui a analysé les discours politiques au cours des dernières années.

MISE EN GARDE

"Jusqu'alors, l'islam y était présenté comme une différence, il est devenu une barrière à l'adhésion aux valeurs de la République. Alors que, dans le même temps, les demandes d'associations musulmanes sur la manière de respecter la laïcité ou de lutter contre les radicaux se multiplient", assure Mme Bouzar, qui a créé le cabinet Cultes et Cultures Consulting.

Pour Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), la perception actuelle de l'islam par l'opinion publique est "réversible". "On traverse une période difficile liée à la nouvelle visibilité de l'islam, reconnaît-il. Mais les crispations sont principalement dues aux groupes rigoristes qui créent un sentiment de peur." Il préfère mettre en avant "la normalisation" des relations entre les responsables musulmans et les pouvoirs publics ou les représentants des autres confessions.

Dans le contexte actuel, il met toutefois en garde les musulmans contre tout ce qui peut "attiser les tensions, qu'il s'agisse des demandes de viande halal dans les cantines, de temps ou de salles de prière sur le lieu de travail, de lieux de culte imposants ou jugés ostentatoires". "Il ne s'agit pas de s'effacer, prévient-il, mais de tenir compte du contexte." Ses appels à organiser plusieurs services le vendredi dans les mosquées bondées, pour éviter "les prières de rue", sont jusqu'à présent restés lettre morte. Ces pratiques marginales ont été abondamment dénoncées par le Front national.

Stéphanie Le Bars
Article paru dans l'édition du 05.01.11

dimanche 26 décembre 2010

Cachons ces musulmans que l’on ne saurait voir !

Prière du vendredi. Ici, à la mosquée de Tremblay-en-France (93), ouverte en avril 2010, qui peut accueillir jusqu'à 1 500 fidèles.
Après le nombre de burqa qui circulent dans l'Hexagone, voici le nouveau sujet de débat qui agite la France : combien y a-t-il de musulmans « en plein air » chaque vendredi ? Le débat lancé par Marine Le Pen, qui, comme d’autres, semble vouloir remplacer l’image du bolchévik portant un couteau entre les dents par celle du musulman barbu et enturbanné, enrichit une production phantasmatique déjà riche.

Les murs n’ont pas des oreilles, mais les rues de nos villes sont envahies de mahométans ! Tout un chacun peut le constater. Déjà, dans les années 1980, son père prophétisait que les musulmans transformeraient la cathédrale Notre-Dame de Paris en mosquée, Marine Le Pen voit plus loin, en annonçant presque la colonisation de nos rues tel le parvis de la mosquée de La Mecque lors du pèlerinage.

La probable future candidate du Front national aux élections présidentielles, qui, à l’heure actuelle, cherche à récupérer le fauteuil paternel, copie ses recettes avec succès. Petit à petit, elle « marinise » les esprits ; peu importe les moyens, peu importe la solidité des arguments.

Gageons qu’il adviendra de cette histoire de mosquée comme de celle de la burqa : pour moins de 500 voiles intégraux (chiffre des renseignements généraux), des mois de débats et de polémiques et finalement une loi, dont on attend encore de voir comment elle sera appliquée alors que la fameuse amende de Nantes, qui avait tout déclenché, vient d’être invalidée…

Peu importe la réalité, seul comptent l’effet produit et l’« anxyogénisation » du rapport à l’islam avec, en arrière-pensée, une vraie volonté de perturber le rapport à l’étranger.

Et, pourtant, ramenons les choses à leur juste proportion. 5 millions de musulmans en France, moins de 1 million pratiquant les cinq piliers, dont la prière, et combien d’entre eux sur la voie publique, bloquant les rues chaque semaine ? 5 millions de musulmans et combien de mètres carrés pour qu’ils puissent prier ? Pas plus de 200 000 à 300 000 mètres carrés actuellement, et sans doute proportionnellement encore moins dans les quelques endroits à forte densité de fidèles posant problème.

Si l'on considère qu’il faut tout au moins un mètre carré pour prier, il faudrait donc des surfaces au moins 3 à 4 fois plus grandes, comment s’étonner alors que le contenant trop petit laisse déborder le contenu, c’est ce qui se produit toujours dans ce cas, qu’il s’agisse d’une mosquée ou d’une boîte de nuit !

Ce n’est d’ailleurs pas un phénomène récent, nombreux sont ceux qui gardent le souvenir des grandes prières de l’Aïd à la Grande Mosquée de Paris dans les années 180, quand les jardins une fois pleins voyaient les trottoirs avoisinants du 5e arrondissement se couvrir de tapis sous le regard bonhomme des policiers et des badauds. Les choses ont bien changé, l’extrême droite, la crise, la pauvreté du discours politique, mais aussi le terrorisme, l’islamisme agressif sont passés par là.

Les musulmans ont eux aussi changé : ils sont français, à l’état civil mais aussi dans leur âme et dans leur tête ; et ils ne supportent pas cette discrimination supplémentaire qu’ils associent aux autres, que certains d’entre eux vivent déjà pour leur couleur de peau, leur nom ou leur quartier de résidence. Ils ne comprennent pas pourquoi, à l’instar de leurs compatriotes israélites, catholiques, protestants, ils ne peuvent pratiquer leur culte dans la dignité.

Imagine-t-on d’ailleurs que ces gens-là aient une particulière affection pour le caniveau et le macadam ? Quel mépris pour eux de vouloir faire croire qu’ils le font par choix avec une obscure planification de conquête de l’espace à la manière de panzers enturbannés ? Bien au contraire, on peut penser que nombre d’entre eux refusent de prier pour ne pas se trouver exposer à cette humiliation que constitue la pratique de l’acte religieux sous le regard de tous, dans un pays qui n’est pas culture musulmane et où il y a peu d’empathie pour le phénomène.

Les musulmans de France ne sont pas différents des autres habitants de ce pays, ils ne sont, à l’évidence, pas moins pudiques ni plus hystériques. Nombre d’entre eux cultivent d’ailleurs une certaine forme de discrétion, héritée du désir de transparence qu’ont pu avoir pendant longtemps ici les immigrés.

Que faire donc ? Demander à l’État d’aider à la construction des moquées ? Impossible : la loi de 1905 ne le permettrait pas. Tout au plus les collectivités locales peuvent-elles, pour peu qu’elles le veuillent et qu’elles n’aient pas peur d’une sanction dans les urnes, concéder des baux emphytéotiques aux associations cultuelles, à qui elles peuvent aussi accorder des subventions. Faire appel à des financements non publics ? Pourquoi pas, cela semble logique. Mais on voit alors resurgir le spectre, probablement aussi fantasmagorique que la théorie de la cinquième colonne propagée par les tenants de l’invasion, de la mainmise de l’étranger.

Nouvel écueil à la construction de lieux de culte bien commode tout de même, car on ne s’est, semble-t-il, jamais posé ces questions lors de la construction d’une synagogue, d’un temple bouddhiste, ou lorsque l’on a vu un certain nombre de cinémas, par exemple, transformés en temples évangéliques, fréquentés souvent par des populations aux moyens aussi modestes que la plupart des musulmans.

Il faut donc, pour sortir de la quadrature du cercle qui veut que l’on ne puisse faire appel ni à de l’argent public ni à de l’argent venu d’outre-Méditerranée, qu’on laisse financer qui le veut et qui le peut ces mosquées qui manquent tant. Charge aux pouvoirs publics de promouvoir la formation d’imams par les universités ou en partenariat avec les instituts de théologie ; et aux renseignements généraux… qui ne se privent déjà pas de le faire, de surveiller ce qui s’y dira ou fera dans le secret du minbar. Ou, alors, serait-ce que l’on préfère l’islam des caves, invisible, lui ?

Il serait temps aussi de changer ce regard soit compassé, soit anxieux, souvent hostile, que l’on peut avoir sur les 5 millions de musulmans de France : ils n’ont vocation ni à changer l’identité culturelle de notre pays – ce que font peut-être plus sûrement les multinationales de l’agroalimentaire ou de l’entertainment – ni, à plus forte raison, à lui nuire. Ils demandent à être assimilés et non pas intégrés.

Si on ne veut plus les voir dans les rues, qu’on les mette à leur place… dans les mosquées !



* Madjid Si Hocine est médecin, militant associatif et animateur du site www.legalitedabord.fr

mardi 21 décembre 2010

Assimilation" ou "intégration", le sens politique des mots

Assimilation" ou "intégration", le sens politique des mots
| 20.12.10 | 15h07 • Mis à jour le 20.12.10 | 15h07 Le Monde


Le concept d'"assimilation" des immigrés est en train de prendre le pas sur celui d'"intégration" dans le langage politique français. On a pu l'entendre, le samedi 11 décembre, dans la bouche du premier ministre, François Fillon, lors du conseil national de l'UMP. Le lire, le 13 décembre, dans le cadre d'une interview accordée au Monde par le conseiller spécial du chef de l'Etat, Henri Guaino. Il est aussi présent dans plusieurs amendements du projet de loi immigration, actuellement en navette au Parlement.


Or, à en croire les spécialistes, ce regain du terme "assimilation" - il était tombé en désuétude dans les années 1980 - signifie, sur le fond, plus qu'un simple glissement sémantique. Même si dans leur emploi, les mots "intégration" et "assimilation" sont "assez proches", selon Pap Ndiaye, historien et maître de conférence à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), le premier "avait quelque chose de plus accueillant par rapport à la diversité". Pour lui, avec "l'assimilation", on demande aux immigrés "de se comporter en tous points pareillement que ceux que l'on appelle "Français"". C'est une vraie "injonction", note-t-il.

Or, déplore Patrick Simon, socio-démographe à l'Institut national d'études démographiques (INED), que l'on emploie ou pas le mot "assimilation", "il serait important de définir avant ce que l'on croit être l'intégration". Pour les immigrés dernièrement arrivés en France, "l'intégration telle qu'on l'entend, c'est-à-dire le fait de devenir invisible selon les modalités historiques que l'on a connu jusqu'à présent (comme les Italiens ou les Portugais, par exemple) ne va pas se produire". Notamment du fait de la "couleur de peau". "Les immigrés d'origine maghrébine ou subsaharienne, même s'ils le voulaient, ne le pourraient pas", rappelle-t-il.

DÉBAT "ABSURDE"

Pour Patrick Weil, historien, chercheur au CNRS et professeur associé à l'université Yale (Etats-Unis), le débat entre les mots "intégration" et "assimilation" est "absurde". Aux Etats-Unis, d'après lui, pays souvent pointé du doigt pour son modèle "communautariste", "il y a aussi de l'assimilation au sens littéral du terme, soit le fait de rendre semblable". Il prend pour exemple l'hymne américain, chanté à l'ouverture de chaque match de football.

La réalité, selon M. Weil, c'est qu'il "n'y a pas d'opposition entre "assimilation" et "diversité"". "Il y a des moments où chacun d'entre nous aspire à être traité comme ses semblables devant les institutions et d'autres où il demande à être reconnu dans sa particularité culturelle", résume-t-il.

Le problème, note encore M. Weil, rejoignant ainsi M. Simon, c'est que "les hommes politiques français ne savent pas ce qu'ils veulent assimiler". Or, d'après lui, "si l'intégration se produit bien dans la vie quotidienne, les autorités politiques entretiennent un climat qui a des effets plus ou moins négatifs".

Elise Vincent
Article paru dans l'édition du 21.12.10

Bilan en demi-teinte pour l'intégration des immigrés et de leurs enfants

Bilan en demi-teinte pour l'intégration des immigrés et de leurs enfants
| 20.12.10 | 15h07 • Mis à jour le 20.12.10 | 15h07 Le Monde

S'il est un sujet qui préoccupe les exécutifs européens - Angela Merkel en Allemagne, David Cameron au Royaume-Uni - et dont se nourrit l'extrême droite, notamment en France, c'est celui de l'intégration des immigrés et de leurs enfants. Un sujet dont le bilan, par essence, est délicat à établir. Les études françaises produites sur le sujet ces dernières années permettent toutefois d'en dresser un tableau en demi-teinte.
DES CHIFFRES INQUIÉTANTS
Le taux de chômage des immigrés est de 1,5 à deux fois supérieur à celui des natifs français. Cet écart se retrouve dans d'autres pays européens. Mais, en valeur absolue - plus de 12 % des immigrés étaient au chômage en 2008, en France - c'est l'un des plus élevés des Etats membres de l'Organisation de coopération et développement économiques (OCDE). La crise a toutes les chances de l'avoir aggravé. Ces résultats ne sont pas meilleurs pour la deuxième génération. Alors que l'écart des taux de chômage des primo-arrivants était de 5 à 7 points supérieur à celui des natifs en 2008, selon les derniers chiffres de l'OCDE, pour leurs enfants, il était de 10 points.

Ce constat se retrouve aussi en matière d'éducation. D'après la dernière enquête PISA menée auprès de jeunes de 15 ans dans les pays de l'OCDE, les élèves issus de l'immigration ont au moins deux fois plus de risques d'être parmi les "peu performants". Une situation comparable à celle de l'Autriche ou de la Suède, mais près de trois fois moins bonne qu'au Canada ou en Australie.

LES POPULATIONS D'ORIGINE AFRICAINE EN DÉCROCHAGE
Avec l'essor des études fondées sur des statistiques ethniques, on sait désormais qu'il y a des différences importantes d'intégration selon le pays d'origine des immigrés. D'après une enquête de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) du 16 novembre, les descendants d'immigrés maghrébins sont ceux qui connaissent le plus de difficultés sur le marché du travail. Entre 2005 et 2009, leur écart de taux d'emploi avec les natifs français était de 20 points - contre 6 points pour ceux originaires d'Europe de l'Est.

Un élément qui se retrouve dans les enquêtes sur les dépenses sociales. D'après un travail mené en 2006 par Didier Gelot, secrétaire général de l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale, en collaboration avec Claude Minni, statisticien, les immigrés du Maghreb et d'Afrique subsaharienne représentaient pour chaque minimum social 11 à 13 % des allocataires, "soit environ trois fois plus que leur poids dans la population des 25-64 ans". Une tendance qui se confirmait pour leurs descendants, contrairement à d'autres pays où la deuxième génération était "moins présente que les Français d'origine".

UNE ANALYSE PARTAGÉE DES CHERCHEURS
Ces chiffres relativement sombres suscitent des analyses pessimistes de certains chercheurs. Ainsi de Pap Ndiaye, historien et maître de conférence à l'école des hautes études en sciences sociales (EHESS), qui voit en France une évolution "à l'américaine".

Trois groupes se forment, selon lui. D'un côté, "une élite qui s'en sort plutôt bien - avec ou sans les mécanismes de type discrimination positive". Au milieu, "un groupe moyen qui flotte et évolue en fonction de la conjoncture économique" : sociologiquement proche des "classes populaires françaises", il est composé d'employés et d'ouvriers qualifiés. Enfin, un "groupe qui décroche", et que l'on retrouve en partie en banlieue.

Patrick Simon, socio-démographe à l'Institut national d'études démographiques (INED), rejoint cette analyse de "décrochage" et s'inquiète en particulier du sort des populations d'origine algérienne. "En théorie, ce devrait être les plus assimilées, note-t-il. Elles sont peu organisées en association, maintiennent peu de lien avec leur pays d'origine et pourtant, pour elles, c'est comme si tout fonctionnait à l'inverse." Une situation qui serait le résultat de discriminations plus fortes pour elles que pour les autres, notamment du fait de la "couleur de peau". D'après M. Simon, les politiques publiques d'aide aux défavorisés devraient être plus "ciblées".

Parmi les chercheurs, il en est toutefois qui font un bilan de l'intégration à la française un peu plus optimiste. Ainsi Patrick Weil, historien, chercheur au CNRS, et professeur associé à l'université de Yale (Etats-Unis). "Les immigrés et leurs enfants ne s'intègrent pas si mal que ça si on regarde le contexte de chômage qui sévit depuis 1975, dit-il. On est obsédé parce que l'on voit (comme les violences dans les banlieues) mais on ne s'intéresse pas à ce que l'on ne voit pas et on manipule l'opinion comme ça !" Pour M. Weil, il suffit notamment de "faire une recherche dans les pages jaunes des grandes villes de France". En regardant les noms de ceux qui exercent des professions libérales (médecin ou avocat), "on se rend vite compte du grand nombre à consonance étrangère".

M. Weil rejoint ainsi Claudine Attias-Donfut, directrice de recherche à la Caisse nationale d'assurance vieillesse (CNAV) et coauteur du Destin des enfants d'immigrés (Stock, 2009). Pour elle, "l'intégration fonctionne en général, il y a simplement des problèmes de politique urbaine". D'après Mme Attias-Donfut, quand on compare les parcours entre immigrés et natifs "à caractère socio-démographique égal", les choses se "lissent".

Selon ses travaux, "il y a plus de cadres chez les enfants d'ouvriers immigrés que chez les enfants d'ouvriers français d'origine". Les premiers feraient également des études plus longues que les seconds. Si leur insertion sur le marché de l'emploi est compliquée, ce serait en partie du fait d'un manque de "réseau", leur présence en France étant plus courte que la population majoritaire.

L'ÉMERGENCE D'UNE CLASSE MOYENNE
Selon Mme Attias-Donfut une "classe moyenne" issue de l'immigration a aujourd'hui émergé. Un groupe de plus en plus qualifié "avec les codes sociaux qui vont avec", renchérit Soumia Belaidi Malinbaum, présidente de l'Association française des managers de la diversité (AFMD). Mais "une classe moyenne silencieuse et qui le restera". D'après elle, les entreprises du CAC 40 l'ont déjà compris et ont un rôle moteur. "Certes, pour deux millions d'entreprises, on est encore loin du sujet. Mais beaucoup ont vu que cela pouvait avoir un impact positif pour le développement à l'étranger ou dans la compréhension des marchés, par exemple en cosmétiques chez L'Oréal."

S'il demeure un "plafond de -verre" pour les jeunes issus de l'immigration, d'après Mme Belaidi Malinbaum, c'est en partie parce qu'ils "s'autostigmatisent". Pour elle, "les politiques ont un train de retard dans les discours qu'ils tiennent à l'opinion publique". La diversité c'est la "suite de l'histoire".

Elise Vincent

jeudi 11 novembre 2010

Fadila Mehal. Membre du Shadow cabinet du Modem «La question de l’immigration est traitée sous l’angle répressif»

Fadila Ettayeb-Mehal(*) vient d’être nommée membre du shadow cabinet de François Bayrou, président du Mouvement démocrate, pour préparer l’alternance 2012. Elle est en charge de l’intégration, l’égalité des chances et de la lutte contre les discriminations. Fadila Ettayeb-Mehal est aussi vice-présidente de la commission «médias et diversité» mise en place par le Commissaire à l’égalité des chances Yazid Sabeg. Cette commission a rendu son rapport, cet été, au président Sarkozy.


- François Bayrou a désigné une «équipe shadow», à l’image des «shadow cabinet» britanniques, pour suivre avec lui tous les grands secteurs d’actualités au nom du Mouvement démocrate. Concrètement, quel sera son rôle ?


Le «shadow cabinet» d’inspiration britannique correspond à la volonté du Modem de s’inscrire dans une dynamique de propositions pour construire l’alternance en 2012. Il est composé de 22 personnalités expérimentées et cette équipe sera chargée de suivre les dossiers et les décisions prises par le gouvernement. Elle réagira et formulera aussi des propositions. Chaque membre prendra en charge un certain nombre de domaines de la vie du pays. Cette initiative va montrer concrétement qu’une autre voie politique est possible et que le Modem va l’incarner. Cela démontre aussi, qu’aux côtés de François Bayrou, la relève se prépare, il y a des hommes et des femmes qui veulent faire de la politique autrement, qu’ils sont nombreux et suffisamment crédibles pour être entendus des Français. Pour ma part, je vais m’occuper d’un secteur très sensible puisque c’est celui de l’intégration, de l’égalité des chances et de la lutte contre les discriminations. Je le fais par choix et compétence, car j’ai travaillé sur ces sujets depuis 30 ans et je pense que ces questions sociales et sociétales seront au cœur de la campagne présidentielle en 2012 : l’avenir de notre modèle républicain, la justice sociale, la place de l’immigration, ce sont des questions qui n’ont pas toutes trouvé de réponses et les Français les attendent.

- Le Modem présentera-t-il un candidat à la présidentielle ?


Il est encore un peu tôt pour se prononcer. Il y a avant des échéances statutaires pour notre parti avant la désignation d’un candidat à l’élection présidentielle. Nous réunissons notre congrès en décembre. Après, il sera bien temps de voir. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a un besoin d’une représentation d’un centre indépendant et autonome. N’oublions pas que François Bayrou a recueilli en 2007 plus de 18% des suffrages. Ces électeurs sont toujours là et attendent qu’une autre voie leur soit proposée que le bloc contre bloc, la gauche contre la droite. Une autre voie est possible, pour cela nous devons y travailler et notre shadow cabinet est chargé aussi de nourrir notre programme présidentiel


- On a assisté cet été à une rare surenchère sécuritaire….


J’étais précisément en Algérie pour des vacances familiales lors du discours de Grenoble, je me suis dit que cela allait être très difficile pour les immigrés et les étrangers en France et je ne me suis pas trompée. La surenchère législative sur l’immigration (7e texte en 5 ans) ne suffira pas à masquer la difficulté du gouvernement français à trouver une manière juste et humaine de traiter la question migratoire. La loi Besson, qui vient d’être votée, risque de rejoindre le lot des lois précédentes non appliquées ou dont l’utilité autant que l’efficacité sont très largement discutables.
A travers cette loi, ce qui me choque, c’est que pour la première fois de l’histoire de France, le gouvernement a de manière inacceptable corrélé l’immigration et la délinquance. C’est assez choquant pour des millions d’immigrés, dont beaucoup d’Algériens qui vivent en France et en Europe, de façon paisible et intégrée. De toute façon, le gouvernement a pris le risque de voir la mesure de la déchéance de la nationalité censurée par le Conseil constitutionnel parce qu’on ne peut pas multiplier les lois de circonstance sans respecter les principes du droit.


En effet, le principe d’égalité de tous les Français devant la loi, sans distinction d’origine est posée. Pouvons-nous tolérer cette violation de l’article 1 de notre Constitution qui va d’une certaine manière légaliser la double peine pour les Français naturalisés, qui deviendront, de fait, des citoyens de deuxième zone ? Le gouvernement a choisi de traiter la question de l’immigration sous le seul angle répressif, comme si le durcissement des mesures était garant d’efficacité. Je le dis très clairement en choisissant l’excès et la surenchère, le gouvernement s’est fermé à la pédagogie et s’est privé d’alliés potentiels. Car sur ces questions, nous sommes obligés d’avancer et de trouver un consensus national qui associera intelligemment gestion des flux, intégration des arrivants, droits et devoirs des étrangers et coordination européenne.


- Vous êtes aussi vice-présidente de la Commission «médias et diversité», vous venez de rendre votre rapport au président Sarkozy, quel est votre diagnostic sur la diversité dans les médias ? Et comment y remédier ?


C’est vrai, j’ai aussi d’autres responsabilités que politiques * et j’ai été nommée vice-présidente de la commission «medias et diversité» pour faire des préconisations au manque cruel de diversité dans les médias français. Nous sommes partis du constat accablant du CSA qui montre qu’en matière de parité et de diversité dans les médias, le compte n’y est pas. Le comité diversité de France Télévision, présidé par Hervé Bourges, fait le même constat pour la chaîne publique. Cela est d’autant plus grave que les médias ont un rôle majeur dans la construction de notre imaginaire collectif. Ils façonnent nos modèles de représentations et nos préjugés et c’est un formidable accélérateur du «vivre ensemble». Cette commission a travaillé pendant un an et a auditionné plus de 80 experts, dirigeants des médias. Pour bien aborder tous les maillons de la chaîne, nous avons travaillé en sous-groupes : formation, gestion des carrières, contenus des programmes.
Rien n’a été laissé au hasard. Nous avons fait des propositions réalistes et financièrement neutres du fait du contexte budgétaire. Il y a beaucoup d’actions qui ne coûtent rien : élargissement des recrutements, mise en place de fichiers d’experts plus diversifiés, harmonisation de l’action de l’Etat en lien avec le CNC et l’ACSE, classes préparatoire à la filière journalisme. La diversité fait encore peur a beaucoup de dirigeants, mais ils comprennent que c’est cette diversité qui fait rayonner aujourd’hui l’audio visuel et le cinéma français. Yamina Benguigui, Djamel Bensalah, Abdellatif Kechiche , Rachid Bouchareb, Lyes Salem, autant de cinéastes reconnus qui font bouger les lignes avec des succès populaires qui prouvent que les Français veulent désormais des «écrans moins pâles». Cette vitalité créative se manifeste aussi en Algérie. Je suis avec beaucoup d’attention ce qui s’y passe dans le domaine des médias et du cinéma. Je crois que des partenariats sont possibles avec la France, grâce notamment à la création de l’établissement public dédié au cinéma que vient de créer Mme Toumi. C’est une excellente initiative, le cinéma algérien a beaucoup inspiré le monde, il était temps de lui redonner un nouveau souffle.

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(*) Fadila Ettayeb-Mehal est présidente des Marianne de la diversité et directrice du pôle promotion de la diversité par l’image à l’ACSE

samedi 24 avril 2010

Halte à l’instrumentalisation politicienne du niqab et de l’insécurité

La lourde défaite de la droite aux élections régionales et l’approche de l’échéance présidentielle ont donné le signal de la montée en puissance des manœuvres politiciennes visant à récupérer l’électorat de droite revenu dans le giron du FN. Visite présidentielle en banlieue uniquement centrée sur le thème sécuritaire, décision de faire adopter, contre l’avis du Conseil d'Etat, une loi pour l’interdiction totale du voile intégral, porté par moins de 2000 femmes en France, excès de zèle des policiers qui verbalisent une femme pour conduite en niqab, montée au créneau du ministre de l’intérieur pour déchoir son mari de la nationalité française pour polygamie et fraude présumées, opérations coup de poings hautement médiatisées contre des réseaux de trafiquants de drogue. Tout est bon à prendre pour s’offrir une image de dureté sur le thème de la sécurité et de non complaisance vis à vis de l’Islam radical.
Pendant que l’on concentre les moyens et l’attention sur la politique spectacle, les vrais problèmes et les racines du mal demeurent : chômage des jeunes, discriminations, inadaptation de l’école aux réalités des quartiers pauvres, disparition de la police de proximité, délinquance et incivilités de tous ordres, etc.
Il est grand temps de substituer aux gesticulations politiciennes un travail de fond qui permettra à travers l’écoute et le dialogue la mise à plat des problèmes et l’ébauche de solutions. Il est grand temps de lancer le Grenelle de la cohésion nationale.

r.deneg@gmail.com

Retrouvez les Chroniques de Rachid Deneg et les commentaires des internautes sur le blog http://diaconam.blogspot.com/ (Dialogue pour la cohésion nationale et l’amitié entre les communautés de France)

dimanche 11 avril 2010

La prévention spécialisée à l’heure de la diversité culturelle : état des lieux, questionnements, initiatives, projets innovants

Nous recommandons fortement la lecture du rapport suivant que M. JC Sommaire, Président du Conseil technique des clubs et équipes de prévention spécialisée (CTPS) et de sa Commission Diversité culturelle, nous a aimablement transmis.

Le rapport est téléchargeable à http://www.cnlaps.fr/modules.php?name=Downloads&op=getit&lid=152

La prévention spécialisée à l’heure de la diversité culturelle : état des lieux, questionnements, initiatives, projets innovants en matière de développement social communautaire

Rapport présenté par la Commission « diversité culturelle » du Conseil technique de la Prévention spécialisée (CTPS).Septembre 2009

Quelques extraits

Avant-propos

…on ne peut plus ignorer aujourd’hui qu’une partie importante des jeunes en difficulté impliqués dans les violences urbaines et dans la délinquance sont « issus de l’immigration ». Déjà, en 2002, une étude réalisée par le sociologue Sébastian Roché dans le département de l’Isère, à partir de dossiers judiciaires, avait montré que, dans ce département, les deux tiers des jeunes délinquants se trouvaient être« d’origine étrangère ».

Par ailleurs, des travaux récents de la démographe Michèle Tribalat, indiquent que cette population des jeunes issus de l’immigration augmente dans notre pays : 37% de jeunes d'origine étrangère en Ile-de-France, plus de 60% dans une vingtaine de villes, une progression très forte hausse dans l'ouest de la France et une « explosion » du nombre de ceux d’entre eux d’origine africaine sub-saharienne. Les questions liées à la diversité culturelle examinées dans ce rapport qui sont déjà très présentes aujourd’hui dans beaucoup de zones urbaines de notre pays le seront donc vraisemblablement encore plus demain.notre pays le seront donc vraisemblablement encore plus demain.

Lui faisant écho, Jean-Claude Guillebaud, dans la présentation de son dernier livre « lecommencement d’un monde »,considère que nous abordons actuellement une période qui se caractérise, au plan international, par l’achèvement de la longue séquence historique de d’hégémonie occidentale sur le monde et par l’avènement d’une modernité métisse au cœur de nos sociétés. Dans ce contexte le multiculturalisme, l’immigration, les brassages et métissages des cultures nous posent, à l’évidence, des problèmes nouveaux qui sont la transformation en problèmes domestiques du vieux face à face colonial de naguère.

Cet intellectuel ne considère toutefois pas que ce soit là une mauvaise nouvelle si noussavons nous ouvrir à la différence sans renier ce que nous sommes. Que nous le voulions ounon, nous serons pluriels et métis. Il nous reste donc à en tirer parti, sans démagogie et sansxénophobie, pour que cette diversité qui pose aujourd’hui problème devienne demain un atout et une richesse collective.

S’ouvrir sans se renier constitue le fil conducteur des réflexions du présent rapport.

Dans son avant propos au « guide international sur la méthodologie du travail de rue dans le monde » qui vient de sortir, le secrétaire d’état belge à la lutte contre la pauvreté rappelle que le travailleur de rue a pour objectif de (re) donner aux personnes en difficulté le pouvoir d’agir sur leur propre vie pour qu’elles puissent tendre vers un mieux être. Nul doute donc que, pour permettre aux familles et aux jeunes « issus de l’immigration » de prendre leur destin en main, la Prévention spécialisée, et au delà le travail social en général, ne peuvent plus faire l’impasse sur les « questions culturelles ».

Jean-Claude SOMMAIRE

Président du Conseil technique des clubs et équipes de prévention spécialisée (CTPS)

Président de la commission « diversité culturelle »

Plan du rapport (extraits)

I- Ne plus être dans l’évitement et le non dit : la Prévention spécialisée doit construire, assumer et promouvoir une pédagogie de la diversité culturelle confortant l’unicité du « vivre ensemble » (page8)

II- Confrontée, dans les quartiers sensibles, à une fracture sociale qui tend à devenir une fracture territoriale, ethnique, culturelle et religieuse, la Prévention spécialisée doit contribuer à ouvrir, ou à conforter, des pistes de réflexion nouvelles pour faciliter l’intégration sociale des jeunes issus de l’immigration (page19)

III- La Prévention spécialisée qui, elle aussi, a de vraies difficultés à se positionner vis à vis des comportements et des demandes de nombreux jeunes se référant au « religieux » doit se donner une méthode et des outils pour travailler ces questions (page 39)

IV- Pour mieux répondre aux problématiques des jeunes d’origine africaine sub-saharienne qui interpellent fortement le secteur social, la prévention spécialisée doit développer des approches éducatives prenant en compte les spécificités propres aux différentes communautés culturelles (page 59)

Réactions diverses au courrier de R. Deneg

Bonjour Monsieur Rachid DENEG,

J'ai lu votre lettre à Mr ZEMMOUR. Je suis bien placé pour vous dire combien vous avez réussi à taper fort et là où il fallait. Bravo. J'espère que cela va faire avancer toutes ces idées que vous avez exposées. Merci.

MR Mustapha A.

Blagnac 31700.


Bonjour

je suis vraiment d'accord avec vous, je suis d'origine algérienne donc un immigré qui a réussi plus ou moins sa vie ici, je suis mieux que si je suis résté en Algérie, moi je n'ai pas attendu qu'eric Zemmour parle plus fort de ces choses pour réagir, combien de fois j'ai réagi aux pick poket dans le métro, et que même des immigrés me disaient il ne faut pas se méler, tu risques de prendre un coup de couteau! et pour tout dire j'ai fini par écrire une pièce de théâtre éditée chez l'harmattan " Une valise dans la tête" vous pourriez la trouver tres facilement en tapant mon nom sur Google par exemple. le pire c'est que cette pièce n'interesse personne car je fais un méa culpa de nos tares mais je dénonce aussi les effets pervers du racisme ordinaire, même dans les salons du livre du Maghreb, les gens de chez nous n'etaient pas interessés, ils passaient leur chemin, comme s'ils avaient honte de parler de ces choses. Cordialement

Nordine M.

Monsieur,

Je suis globalement en accord avec tout ce que vous écrivez et par crainte de vous paraphraser ne développerai pas plus avant.
D'autre part, j'apprécie le ton apaisé et réfléchi de votre analyse.
Ce vers quoi j'essaie de tendre au quotidien est proche de ce que vous dîtes, à savoir que tous les enfants de France, quelles que soient leurs origines, se regroupent sous la bannière républicaine et laïque, avec ce qu'elle comporte comme droits,(se loger, droit au travail, aux soins, à l'égalité) et bien entendu comme devoirs. La liberté de culte devant être bien évidemment respectée, quelle que soit sa croyance, mais en restant selon moi, dans le domaine de l'intime ou du privé.
Globalement, et comme je ne suis ni un penseur ni un philosophe, j'ai tendance à juger mon prochain pour ce qu'il est profondément et sincèrement , et non en vertu de ses opinions, croyances ou origines.
Pour faire bref, je revendique pour mes compatriotes le droit à l'indifférence, ce qui ne signifie pas qu'ils me sont indifférents, mais que leur origine, couleur de peau, religion, orientation sexuelle etc, ne me regarde pas ...
Mais je suis conscient qu'il reste du travail à accomplir, ce qui d'ailleurs , me navre.
J'ai tendance à penser que les différents apports ethniques ou culturels ont contribué à l'enrichissement sous toutes ses formes de notre pays.
Je préfère aller vers l'autre, pourvu qu'il fasse un bout de chemin lui aussi, plutôt que le rejeter. J'ai inculqué cela à mes enfants.
Etant moi-même à un carrefour d'origines, sociales et ethniques, je suis un fervent partisan du métissage. Et de plus , sans que l'on n'y puisse rien, c'est l'avenir.
Eric Zemmour, quant à lui, participe à l'entreprise d'abêtissement des masses que l'on appelle la télévision et hélas a plus d'écho qu'un philosophe ou quelqu'un qui a vraiment réfléchi. Au fast-food, on peut ajouter le fast-think, ou la pensée express.
Voilà c'est tout, j'ai juste bien aimé le ton de votre lettre.
Cordialement,
François. B

Réaction d'Yvette au courrier de Rachid Deneg

bonsoir

j'ai lu avec interet votre lettre à E zemmour et je souscris en partie à ce que vous dites et vous félicite de votre courage.

je me presente

moi aussi je suis une " immigrée" et je n'ai pas echappé ni au Lycée de rabat où j'étais interne, ni dans d'autres lieux( au tennis dans mon petit patelin) , sur le bateau qui nous amenait en france en même temps que des officiers français, ni en france où je vis depuis 1956!!! et l'on me demande encore d'où je suis etc ,à l'antisemitisme au racisme pur aux airs condescendants d'un inspecteur d'academie qui me demandait pourquoi je m'appelle Yvette etc

je suis donc juive d'origine marocaine et même si j'ai eu la chance de naitre dans un milieu" évolué" et surtout très aisé, je me pose la question de savoir pourquoi les petits français musulmans n'arrivent pas à s'intégrer( surtout pas s"assimiler ce qui pour moi est différent).je vois autour de moi dans des familles moins aisées que la mienne, tout le monde dans ma génération, je ne suis plus très jeune, a fait des études supérieures , les uns et les autres avons occupé des postes à responsabilités voire prestigieux,nous sommes 6 dans la famille et tous avons longtemps fréquenté université et grandes écoles.

mais je constate, que nous n'avons aucune haine contre la France, bien au contraire, nous lui sommes reconnaissants et moi surtout en tant que femme car ce n'était pas gagné que je fasse des etudes supérieures que je "travaille comme un homme",comme je dis j'ai été la 1ere de la famille à sortir de chez moi à 10et demi; la première à avoir un bac la première à aller à uni la première à me marier selon mon choix, la 1er à divorcer etc...

j'ai été prof dans lycées, et principal de collège. mais pourquoi ces crachats, pourquoi ces paroles grossières vis à vis des femmes, de la France( nique la France..), pourquoi ce prosélytisme, pourquoi la parole des enseignants n'est pas valide face au Coran ou à ce que dit lImam.

Le coran contiendrait il toutes les bibliothéques du monde? ,

pourquoi se faire triater de raciste quand on oriente un eleve vers le lycée pro , pourquoi ces parents qui veulent nous " casser la figure" pouurquoi ces insultes à tout propos contre les feujs, un crayon feuj ne maarche pas bien sur etc

certes il ya de la discrimination mais c'est le pb de la poule et de l'oeuf qui a commencé?,

quand j'entends siffler la marseillaise, vois le drapeau francais descendu de son mat pour y mettre un drapeau algerien ( ces gamins qui ne connaissent rien de l'algérie d'ailleurs), caillasser les pompiers le Samu , les medecins, je me demande si ils sont conscients du mal qu'ils se font. quant aux autorités pour moi elles sont "laxistes " pour le moins car tout cela est inadmissible.

mes enfants ne sortaient pas de la maison le soir tout seuls jusqu'à qu'ils partent de la maison( plus de 20 ans) ils me disaient où ils etaient et certainement pas dans les rues à voler de motos et à circuler à trois dessus sans papiers sans rien

Pourquoi dans ces cas là au moment de l'accident( inevitable) la "colère" monte et on casse tout les ecoles les salles de la culture les bibliothéques,les voitures aucun respect pour rien .

je pourrais continuer et croyez moi je ne suis pas de parti pris, mais où sont les adultes musulmans où sont les parents? où sont les intellectuels?

j'aime bien M Chebel mais je ne paartage pas son avis quand il dit " ces gamins sont français, ils sont donc intégrés", pas du tout comme ne le sont pas ces hyper religieux juifs avec leur costume du 18eme venu de Pologne ou de Russie!

j'aimerai que les adultes prennent leurs responsabilités ne haissent pas la France et evaluent en toute objectivité tous les avantages qu'ils ont ici, sinon ils ne seraient pas si nombreux à vouloir y entrer!

et puisque nous sommes en confiance, je m'interroge souvent sur la part de responsabilité contenue dans l'islam même, on peut en discuter,car que je sache les pays Arabo Musulmans ne donnent pas un bon exemple.

quand je pense à mon père il a bati un complexe indutriel à partir de rien et il n'était ni polytechnicien ni rien d'autre, il avait abandonné ses etudes à 15 ans à la mort de son propre père, pourquoi les notables musulmans du coin ( pays de chorfas) n'ont ils rien fait? ils avaient les mêmes chances de réussite!

quant à la " reconnaissance des méfaits du colonialisme", je suis partagée, moi même je me considère comme un produit positif de cette colonisation , la contrition ne mène à rien , mais on peut en discuter!!!

j'espère que vous ne prendrez pas ombrage de ce que je dis, en toute sympathie.

bien à vous

Yvette S

Réaction de JP Lledo de D'Algérie-Djezaïr

Chers amis

Une nouvelle identité francaise suppose aussi une nouvelle identité algérienne.
Tout se touche. Surtout ces 2 pays, surtout ces 2 peuples. Surtout quand depuis les années 90, sont arrivés d'Algérie pres d'un million de personnes, tant pour fuir la sauvagerie islamiste que pour fuir la malvie, sans parler des ''harragas''...

A mon avis, on peut faire evoluer les mentalités, mais à la seule condition de tenir compte de toutes les mémoires.

Or ce que l'on constate, c'est que malgré tout en France, et depuis de nombreuses années, si on cumule les assoc, les journaux, les revues, les romans, les films, les emissions TV, on arrive a un nombre impressionnant de remises en cause de l'histoire officielle francaise des années 50, et de points de vue pour le moins critiques, pour ne pas dire incendiaires quand on pense au Mnt des Indigenes ou a Dieudonné.

Mais qu'en est-il en face, en Algérie ?
Contredire l'histoire officielle est sanctionné d'interdit : par exemple le dernier roman de Sansal, par exemple mon dernier film.
Imagineriez vous un mouvement du type des Indigenes, ou un humoriste du type Dieudonné (que j'execre pour ma part) en Algerie, prenant pour cible les mythes algériens ?

Donc pour conclure, ne croyez vous pas que si ICI en France, on demande avec justesse la
''Reconnaissance des dommages et préjudices coloniaux et post-coloniaux infligés par la France aux habitants des ex-colonies. ''

Il faut aussi réclamer LA-BAS en Algerie:
la
''Reconnaissance des dommages et préjudices infligés par le FLN puis le nouveau gouvernement algérien aux habitants non-musulmans durant la guerre d'indépendance puis dans les années qui l'ont suivie . ''

- durant la guerre : stratégie d'épuration ethnique (l'historien Mohamed harbi en a reconnu l'existence) qui a réussi puisqu'avec la guerre au facies contre les gueules de juifs et d'europeens, on a reussi a faire partir un million de personnes.

- apres l'independance : avec le massacre du 5 juillet a Oran, on est arrivé a décourager les gens qui voulaient qd même rester, et ceux qui seraient revenus, étant insultés a leur arrivée en France. On a continué a enlever et a tuer des gens qui voualient rester (j'ai des témoignages). On a nationalisé tous les agriculteurs europeens, même les moyens (60 ha) et les petits (10ha), qui voulaient rester. On s'est emparé des biens de tous ceux qui avaient mis une vie de travail et de sueur personnelle pour les acquérir.

Chers amis, je crois que si on veut faire avancer les mentalités, il faut les faire avancer en parallele, et des 2 cotés de la Méditerranée.
On ne peut pas éternellement se présenter uniquement comme des victimes.Sauf a verser ds le manicheisme.
Mais la demarche est alors contreproductive a long terme, même si je dois reconnaitre qu'a court terme, la démarche qui vise a culpabiliser l'autre en se disculpant totalement soi-même, n'a pas été sans résultat, et qu'elle a même encore de beaux jours devant elle, comme on le verra probablement bientot avec le prochain film de Rachid Bouchareb.

Bien a vous.
jean-pierre lledo

ps : estimant que le debat que vous lancez est tres positif, et esperant y faire participer quelques amis et les adhérents du mouvement auquel j'appartiens : D'AlgérieDjezair, je mets en copie notre échange.

http://dalgerie-djezair.viabloga.com/

lundi 5 avril 2010

Lettre d'un arabo-berbère de France (non délinquant) à Eric Zemmour

Monsieur Zemmour,

Je viens de prendre connaissance de la lettre que vous avez adressée au président de la LICRA et vous remercie d’avoir exprimé des regrets pour les propos que vous avez tenus le 6 mars 2010 sur le plateau de Thierry Ardisson. Ces propos étaient en effet blessants même si, je vous l’accorde, vous n’avez pas tort sur le fond.

Car en effet, comme on dit au Maghreb : « on ne peut pas voiler le soleil avec un tamis ». Vous n’avez en réalité fait que dire tout haut ce que nous pensons tous tout bas. Pour dire vrai, j’aurais même préféré que nous soyons les premiers à briser le silence et à reconnaitre en tous lieux notre contribution soutenue a la délinquance nationale, non seulement parmi les trafiquants de drogue mais également parmi les bandes de casseurs, les voleurs de scooters et de bicyclettes, les resquilleurs de métro, etc. Car il est grand temps de lever ce voile de silence et de honte qui, en occultant les symptômes, empêche de traiter convenablement le mal. Notre réputation est établie et cause déjà suffisamment de torts à la grande majorité de franco-africains, honnête et travailleuse, qui est à la fois victime de la délinquance de nos enfants et de la dégradation d’image que celle-ci engendre.

Mais reconnaitre l’évidence, n’apporte pas automatiquement le remède. Encore faut-il essayer de bien identifier les causes du mal. Nous sommes donc nombreux a tenter de comprendre ce qui pourrait expliquer le contraste entre la génération de nos pères, qui se levait tôt, travaillait dur et rasait les murs et celle des enfants, nés en France et si portés sur les incivilités.

Bien sûr, nous avons notre petite idée sur la question et contrairement à ce que vous prétendez, nous pensons que les discriminations sont un vrai problème. Quand on fait confiance à la République, qu’on investit toute son énergie et ses moyens dans l’acquisition d’un diplôme, pour se voir refuser systématiquement un emploi parce qu’on ne porte pas le bon patronyme, croyez-nous, il y a là un gros problème. Sur ce point, puisque vous êtes friands de statistiques ethniques, je vous renvoie simplement aux testings de l’Observatoire des discriminations, qui sont éloquents et parlent pour eux-mêmes.

Comment ne pas reconnaitre que ces horizons bouchés, ces rêves brisés, cette relégation permanente, ne soit pas source de violence et d’incivilités. Je partage avec vous l’idéal républicain, mais force est de reconnaitre, que dans la France de l’Assemblée nationale et des conseils d’administration monocolores, nous en sommes encore loin et que ceci pourrait expliquer cela.
Mais les discriminations, pour réelles qu’elles sont, n’expliquent certainement pas tout. Les Algériens sont apparemment plus turbulents et il se trouve qu’ils ont été particulièrement affectés par 132 ans de colonisation et par une horrible guerre de libération. Dur dans ces conditions de se sentir Français à part entière en l’espace de quelques générations. D’autant que le sentiment anti-algérien perdure comme l’ont montré les récentes affiches de Le Pen en PACA.
Souvent perçus comme des prolongements de sujets coloniaux, limités dans l’accès a la consommation, dans une société qui valorise avant tout l’avoir, et privés de perspectives d’avenir, certains de nos jeunes sombrent dans la haine et la violence, tout en rejetant leur pays d’accueil.

Découragés par les discriminations, ils vont également investir les rares espaces économiques qui leur sont plus facilement accessibles : commerce de drogue pour une minorité (un peu comme les Italiens et Irlandais, autres derniers arrivants, au moment de la prohibition), entreprises de sécurité pour d’autres (apparemment, il y a pas comme un arabe ou un noir pour repérer un pickpocket) et pour le plus grand nombre, emplois trop durs et trop mal payés pour les français d’origine européenne (je vous conseille de faire un tour a la Gare du Nord à 5 heures du matin ou vous pourrez vous rendre compte que la couleur dominante n’est pas celle de notre représentation nationale).

Je vous remercie donc, Monsieur Zemmour, de nous aider, en pointant des vérités, à faire avancer les choses. Car rien ne se construit sur du sable comme le prouvent les milliards engloutis depuis des décennies dans les politiques stériles dites « de la ville » qui faute de diagnostic sincère et objectif sur les maux de la banlieue ne peuvent déboucher sur les bonnes solutions. Pour autant, nous devons prendre garde à ce que le parler vrai ne conduise à attiser la haine raciale ou les tensions communautaires et serve de faire valoir a ceux dont les desseins sont de monter les uns contres les autres ou de racoler l’électorat d’extrême droite.

Le parler vrai doit avant tout nous permettre d’engager sur des bases solides un dialogue national dont les finalités seront de définir ensemble les termes d’un contrat social post-colonial dont les préalables seraient :
- La reconnaissance des dommages et préjudices coloniaux et post-coloniaux infligés par la France aux habitants des ex-colonies. L’entreprise coloniale était principalement une entreprise économique qui a laminé les cultures locales et infligé d’énormes souffrances aux indigènes en bafouant au passage les principes républicains
- Reconnaissance des apports positifs de la colonisation : quelques efforts sur la santé et l’éducation, la langue française (butin de guerre selon Kateb Yacine) et surtout la récupération par les Etats indépendants d’infrastructures qui servaient exclusivement l’entreprise coloniale

- La reconnaissance des dommages causés par les discriminations liées a l’origine : des millions de CV jetés a la poubelle sans être examinés, tout simplement, parce que émanant de candidats noirs ou arabes. Un énorme gâchis humain et économique.
- La reconnaissance de la chance pour les populations immigrées originaires de pays en développement de pouvoir vivre en France et en République : accès a des systèmes de santé et d’éducation de qualité, couverture sociale, Etat de droit, laïcité, etc.
- Engagement à respecter les règles françaises du vivre-ensemble, les mœurs et coutumes françaises et les valeurs du pays d’accueil. Les pratiques religieuses doivent également être compatibles avec ces valeurs. En retour, la liberté de culte doit être garantie et respectée en accord avec le principe de laïcité.

Monsieur Zemmour, notre véritable chantier ne doit pas être de fractionner et de communautariser la France. Il doit être de travailler à l’avènement d’une France dans laquelle tous les Français se reconnaitront, totalement fidèle aux principes républicains et apurée du passif colonial et post-colonial. Une France riche de sa culture millénaire et des apports de tous ses nouveaux enfants, d’Afrique et d’ailleurs. Une France tournée vers l’avenir qui au lieu de douter d’elle-même pourra continuer à montrer la voie, dans un monde globalisé, privé de repères et en quête de valeurs fondatrices.

Rachid Deneg, le 30 mars 2010
r.deneg@gmail.com