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dimanche 6 mars 2011

A quels problèmes se heurte la pratique de l'islam en France ?

LE MONDE | 28.02.11
Pourquoi ce retour au coeur du débat politique ? Quel est le bilan de la politique de Nicolas Sarkozy ? Un "islam de France" peut-il émerger ?
La convention que l'UMP prévoit de consacrer, le 5 avril, à l'exercice des cultes et notamment à la compatibilité de l'islam avec la laïcité se veut l'occasion, pour la majorité présidentielle, d'aborder une série de questions soulevées par la pratique du culte musulman. Certaines, mises en exergue par le Front national, et reprises par le président de la République, se posent en France de manière marginale, voire caricaturale. C'est le cas des prières de rue ou de la construction de minarets. D'autres, la formation des imams, la construction de mosquées, le port du voile islamique alimentent réflexions, rapports et polémiques depuis plusieurs années.
Les prières de rue. Dans une dizaine de lieux en France (à Paris, en région parisienne, à Marseille ou à Nice, notamment), quelques centaines de fidèles prient chaque vendredi, lors de la grande prière, sur la voie publique, débordant de lieux de culte devenus exigus. Cette situation, connue et tolérée par les pouvoirs publics depuis plusieurs années, perdure le plus souvent, faute de solution alternative. Le "maillage" du territoire pour construire des mosquées là où résident les besoins a été envisagé par le ministère de l'intérieur. Dans certaines villes en effet, plusieurs lieux de culte correspondant aux origines des fidèles (Maroc, Algérie, Turquie, Afrique noire...) voient le jour, tandis qu'ailleurs, ils manquent de mètres carrés pour prier dans des lieux adéquats.
L'organisation de "l'offre" de lieux de culte, qui aurait pu être financée par la Fondation pour les oeuvres de l'islam, créée en 2007 par Dominique de Villepin, est restée lettre morte, faute de volonté des organisations musulmanes représentées au niveau national.
Le Conseil français du culte musulman (CFCM) estime qu'il faudrait multiplier par deux la surface des lieux de prière (dont 40 % ont des superficies inférieures à 100 m2). Quelque 200 projets sont en cours à travers la France, principalement financés par les fidèles et des fonds étrangers, avec l'aide, légale, des collectivités locales (location de terrain à prix modique, garantie d'emprunt, financement d'une partie culturelle...). Les minarets : sur les quelque 2 000 lieux de culte musulmans de France, seule une trentaine comporteraient un minaret, selon le bureau des cultes.
Les prêches intégristes. Les deux mosquées françaises les plus anciennes, construites à Saint-Denis de la Réunion (1905) et à Paris (1926) sont les seules à posséder un minaret de plus de 30 mètres. Il n'existe pas en France d'appel à la prière lancé depuis un minaret. Cela nécessiterait une autorisation du maire de la commune. De même, la construction d'un minaret est le fruit d'un consensus entre les pouvoirs publics et les porteurs de projets.
Surveillés par les services de renseignement intérieur, les imams radicaux relèvent de deux logiques. Les "politiques" peuvent appeler à soutenir des causes djihadistes à travers le monde ou à fustiger Israël pour sa politique dans les territoires palestiniens occupés. Ces prêches sont désormais assez rares. Plus fréquents, les prêches ultra-conservateurs entrent en contradiction avec les valeurs d'égalité ou de mixité de la société française ou mettent en avant des pratiques qui vont à l'encontre du lien social. Ponctuellement, des imams d'origine étrangère qui prônent de telles pratiques sont expulsés vers leur pays d'origine. Un recours, qui, dans les prochaines années, se heurtera à l'émergence d'imams français, porteurs d'une lecture fondamentaliste de l'islam.
La formation des imams. Sujet récurrent, la présence d'imams étrangers dans les mosquées demeure le point noir du dossier islam en France. Le Maroc, l'Algérie et la Turquie sont pourvoyeurs de plusieurs dizaines d'imams, fonctionnaires de leur Etat respectif, pas toujours francophones. Dans ce cas, les prêches sont parfois traduits en français, les prières demeurent en arabe, langue du Coran. Autre catégorie d'imams, les "blédards", des immigrés de la première génération, reconvertis dans l'imamat, peu connectés à la jeunesse musulmane française. Une génération d'imams d'origine étrangère venus étudier en France depuis dix ou vingt ans cohabitent avec ces anciens.
Enfin, une toute petite minorité d'imams français, nés et éduqués en France, formés théologiquement en France et dans les pays arabes, arrivent peu à peu dans les mosquées. Cette fonction souvent mal rémunérée, peine à attirer des jeunes diplômés français.
Le ministère de l'intérieur a tenté de promouvoir une formation aux principes républicains et à la laïcité pour les cadres musulmans. Les universités publiques françaises ont refusé de la prendre en charge. C'est donc l'Institut catholique de Paris qui accueille, chaque année depuis trois ans, une vingtaine de personnes qui se destinent aux aumôneries musulmanes, à l'animation d'associations cultuelles et, plus marginalement, à l'imamat. Cette formation était aussi destinée aux pasteurs évangéliques d'origine africaine ou aux prêtres orthodoxes des pays de l'Europe de l'Est, peu au fait de la laïcité à la française. Une possibilité restée lettre morte.
Les écoles coraniques. Sous ce terme connoté, ces structures, adossées à la plupart des mosquées, dispensent aux enfants et aux adultes une formation à l'islam mais aussi des cours d'arabe. Les premières générations recevaient cet enseignement dans leur famille. Aujourd'hui, les jeunes parents ne parlent souvent pas assez bien l'arabe et, comme les parents juifs ou catholiques, s'en remettent à des formateurs pour la transmission des connaissances religieuses. Problème, le développement rapide de la demande bute parfois sur la qualité des enseignants et leur degré de connaissance de la société française et du contexte laïque.
Halal. Le développement de la consommation de produits halal (aliments sans alcool, sans porc, animaux égorgés vivants) est une réalité. Le commerce traditionnel et la grande distribution développent ces produits dans le cadre d'une stratégie commerciale qui, théoriquement, ne concerne pas les pouvoirs publics. Ces derniers s'inquiètent cependant de la montée des demandes de viande halal dans les collectivités locales. Ces demandes existent et sont exceptionnellement satisfaites ; les communes y répondent plutôt en proposant des menus sans porc ou sans viande. Au-delà d'une possible entorse au principe de laïcité, ces pratiques entraînent un surcoût.
Voile islamique. C'est le symbole sur lequel la France conserve une position ambiguë, laissant la justice juger au cas par cas. Interdit au lycée, le voile islamique est autorisé à l'université puis de nouveau jugé intolérable sur le marché du travail, à l'exception de métiers socialement peu "visibles" (femmes de ménage, notamment). Les femmes qui désirent conserver leur voile sortent donc du marché du travail traditionnel, se replient sur des métiers communautaires - dans les instituts musulmans ou les commerces ethniques -, ou retirent leur voile à l'entrée de leur lieu de travail.
Les carrés confessionnels. Depuis quelques années, les demandes de carrés musulmans sont, en grande partie, satisfaites par les pouvoirs publics. Mais 85 % des enterrements de personnes de confession ou de culture musulmane se font encore dans leur pays d'origine.
Stéphanie Le Bars

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